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Rappelons avant tout que ce rapport avait été commandé lors de la COP21 afin d’explorer la crédibilité et les impacts du scénario +1,5°C en raison de l’inscription de cet objectif dans l’Accord de Paris.

  • Que doit-on retenir du rapport spécial du GIEC ?

Globalement, le document n’apporte pas de grande nouveauté. Il confirme largement le diagnostic établi par le GIEC et permet principalement de différencier les impacts des trajectoires de réchauffement de 1,5°C et de 2°C de la température moyenne à la surface de la terre à l’horizon 2100 : la montée du niveau des mers sera supérieure de 10cm  dans le cas d’une augmentation de 2°C par rapport à une hausse de 1,5°C ; la fonte complète de la banquise en été pourrait survenir une fois par décennie (contre une fois par siècle à +1,5°C) ; 99 % des récifs coralliens pourraient disparaitre (contre 70% à 90% dans le cas du scénario +1 ,5°C) ; les impacts sur les rendements agricoles seront plus forts notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine ; les épisodes climatiques extrêmes seront plus intenses (pluies torrentielles et vagues de chaleur).

Ces précisions permettent d’apprécier les retombées d’un réchauffement limité à 1,5°C bien qu’il faille garder à l’esprit que les engagements pris par les États nous placent sur une trajectoire de réchauffement de plus de 3°C.

Pour y parvenir, le rapport réaffirme la nécessité d’une transformation forte et en profondeur dans les dix ans à venir. Ainsi, le GIEC prévoit que nous devrons réduire de 45 % nos émissions mondiales d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Il faudra alors extraire les émissions résiduelles via les techniques de captation et de stockage du carbone qui n’ont jamais été déployées ni testées à grande échelle. Dernière précision, ce rapport spécial sera suivi de deux autres documents en 2019, un sur les océans et la cryosphère et l’autre sur les terres émergées et l’occupation des sols.

  • Si la majorité des chefs d’État, dont Emmanuel Macron, semblent avoir pris la mesure de la menace que fait peser le réchauffement climatique sur notre planète dans leur discours, les actions concrètes semblent avoir du mal à se mettre en place. Où en sommes-nous en matière de gouvernance mondiale sur la question de la lutte contre le réchauffement climatique et avec quelle efficacité ?

    Dessin Lefred-Thourou – Le Canard Enchaine du 10/10/2018

[…] Aujourd’hui, on assiste […] à la multiplication des conférences à l’initiative d’acteurs non étatiques, […] où chaque partie prend des engagements. À titre d’exemple, Jerry Brown, gouverneur de Californie a annoncé la ratification d’une loi ambitionnant d’ici 2045 de produire 100% d’électricité d’origine renouvelable contre 32% aujourd’hui. La Banque mondiale a, pour sa part, prévu de consacrer 1 milliard de dollars au développement de solutions de stockage de l’énergie pour pallier l’intermittence des renouvelables. […]

  • Alors que Donald Trump a annoncé la sortie des États-Unis de l’accord de Paris en juin 2017, que d’autres potentiels chefs d’État menacent d’en faire autant s’ils accèdent au pouvoir (Bolsonaro au Brésil), quelles menaces font-ils peser sur l’avenir de la lutte contre le réchauffement climatique ? L’avenir du climat peut-il se jouer en dehors des négociations internationales ?

C’est aujourd’hui la question que nous nous posons. On observe dans le monde, […]  une résurgence conservatrice dite « populiste », peu encline à la lutte contre le changement climatique et aux problématiques environnementales. […]

Au-delà de ces dynamiques différentes entre gouvernements et acteurs non étatiques, la question d’ensemble reste celle du schisme avec le réel, soit de l’indépassable écueil de l’incohérence : tant que des décisions prises en dehors des sommets sur le changement climatique iront à l’encontre des objectifs qui y sont définis, la lutte contre le changement climatique ne pourra être totalement efficace. Il faut une transformation profonde, complète et durable, et cela ne peut se décider seulement lors de négociations internationales dont la règle est l’unanimité. […]

Globalement, c’est la question de la compatibilité du capitalisme mondialisé et financiarisé avec des politiques ambitieuses de lutte contre le changement climatique et de réduction des inégalités qui est posée, évoquée par Nicolas Hulot au moment de son départ du ministère de la Transition écologique. […]


Bastien Alex – La lettre IRIS N° 689 – Titre original : « Rapport du GIEC : la lutte contre le réchauffement climatique est-elle perdue d’avance ? » – Source (Libre accès – Extrait)


Bastien Alex est chercheur à l’IRIS, responsable du programme Climat, énergie et sécurité. Il s’intéresse principalement aux impacts géopolitiques et sécuritaires du dérèglement climatique et aux enjeux énergétiques mondiaux. Depuis novembre 2016, il codirige avec François Gemenne l’Observatoire géopolitique des enjeux des changements climatiques en termes de sécurité et de défense, projet financé par le ministère de la Défense.