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Pour intégrer Polytechnique, nec plus ultra dans la formation des élites de ce pays, [soyez] gosse de riche, homme plutôt que femme, avoir passé son brevet des collèges en région parisienne, et avoir suivi sa prépa à Louis-le-Grand (Paris Ve) ou à Sainte-Geneviève (Versailles).  […] … si la France est peuplée de 29,2% d’enfants d’ouvriers, ils ne représentent que 1,1% des élèves de Polytechnique. […]

Autre chiffre qui hérisse : un candidat a deux fois plus de chances qu’une candidate d’être admissible aux concours. «À l’X, elles représentent entre 15% et 20% des effectifs», lit-on dans l’étude. Et la quasi-totalité des polytechniciennes sont ainsi issues des classes supérieures…

Un tout petit vivier

Nicolas Berkouk et Pierre François (auteurs de l’étude) ne s’arrêtent pas à ce constat chiffré, ils vont beaucoup plus loin. Leur travail montre comment le concours lui-même «joue un rôle amplificateur».

Celui-ci fonctionne d’abord, comme « un filtre géographique » qui accroît la surreprésentation parisienne, « puisque près d’un polytechnicien sur deux a passé son brevet dans une académie de la région parisienne (et dans leur très écrasante majorité dans celle de Paris ou de Versailles). Cette surreprésentation est d’autant plus spectaculaire qu’elle ne vaut pour aucune grande ville de province. »

[…] le recrutement se fait, en pratique, dans un tout petit vivier… Ainsi, en 2013, les lycées Louis-le-Grand et Sainte-Geneviève ont représenté la moitié des élèves admis à l’X!

Plusieurs raisons.

D’abord parce que les classes préparatoires  […]  portent leurs efforts sur les segments du programme spécifiques à ces concours… Et aussi, […], parce que tous leurs élèves qui accèdent aux oraux font circuler au sein de leur classe prépa les sujets sur lesquels ils sont tombés : des annales en or, qui aident profs et élèves à anticiper les attentes du jury…

L’étude de Berkouk et François tord aussi le cou à une idée solidement ancrée, selon laquelle les maths seraient une discipline neutre socialement, […] les maths, comme la physique-chimie, sont des épreuves très discriminantes socialement, avec des effets d’autant plus dévastateurs qu’elles ont des coefficients très élevés. […] selon les auteurs de l’étude. «Ce que nous appelons le rapport esthétisé aux mathématiques», que partagerait de façon implicite la classe dominante…

Cette étude pourrait plomber le moral, mais « […][la direction] de l’école Polytechnique a les moyens d’agir. […] en modifiant le concours», […].


Marie Piquemal – Libération, Titre original : « A Polytechnique, l’entre-soi en taille XXL » –  Source (extrait)