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Retraite Une bonne et une mauvaise info[Ou encore une fausse bonne info concernant l’avenir des pensions versées aux retraités ; tout au moins c’est le sens hélas,  que vous percevrez dans l’entretien de Pierre-Louis Bras, président du Conseil d’orientation des retraites. MC]

Pierre-Louis Bras : Dans un système de retraite par répartition, le critère le plus significatif pour évaluer la santé financière du système est la proportion de la richesse produite par les actifs qui doit être prélevée pour financer les pensions. C’est-à-dire l’ensemble des dépenses de retraite rapporté au PIB.

La part de la richesse nationale consacrée aux retraites s’élève aujourd’hui à 13,8 %. À l’horizon 2070, à législation constante, elle pourrait varier de 11,6 % du PIB, selon le scénario économique le plus favorable, à 14,4 % du PIB dans le scénario le plus défavorable.

Ce qui signifie que les prélèvements sur les actifs nécessaires pour financer les retraites ne vont pas déraper.

De ce point de vue, il est juste de dire que la pérennité financière du système a été assurée par les réformes des vingt-cinq dernières années.

  • Comment est-ce possible, alors qu’il va y avoir de plus en plus de retraités et de moins en moins d’actifs ?

P.-L. B. : Deux forces jouent en sens contraire. L’une – la baisse du nombre de cotisants par rapport aux retraités – a effectivement un impact négatif. En 2070, il n’y aura plus que 1,3 cotisant pour un retraité, contre 1,7 aujourd’hui. Mais cette tendance est plus que compensée par une autre force, extrêmement puissante : les pensions vont augmenter moins vite que les salaires. Autrement dit, les pensions vont baisser, relativement aux revenus d’activité.

Attention ! Il s’agit bien d’une baisse relative. Les pensions vont continuer à augmenter, ainsi que le niveau de vie des retraités, mais les revenus d’activité, eux, vont croître encore plus vite. Pris dans leur ensemble, les retraités de demain ne seront pas plus pauvres que ceux d’aujourd’hui. Mais leur écart de richesse avec les actifs va se creuser.

  • Pour quelle raison ?

P.-L. B. : Depuis la fin des années 1980, l’évolution des pensions n’est plus indexée sur les salaires mais sur l’inflation (1). Ce changement s’est fait progressivement et c’est désormais la règle. Bien plus discrète que, par exemple, le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, cette mesure est celle qui a l’impact le plus massif sur l’équilibre financier du système.

  • Peut-on dire que le système est en bonne santé, alors que votre rapport annuel projette des déficits au moins jusqu’en 2036 ?

P.-L. B. : Le déficit, c’est un solde, c’est-à-dire la différence entre les dépenses et les ressources. Or les projections pour ce qui concerne les ressources sont très conventionnelles. Un facteur qui influe fortement sur les ressources du système est la part des rémunérations des fonctionnaires dans l’ensemble des rémunérations. En effet, le taux des cotisations (salarié et employeur) des fonctionnaires est très largement supérieur à celui des salariés du privé.

Lorsque la part des rémunérations des fonctionnaires dans l’ensemble des rémunérations diminue – ce qui est prévu actuellement –, les ressources pour les retraites diminuent. D’où ce paradoxe : quand on maîtrise les dépenses publiques – en l’occurrence les rémunérations de fonctionnaires –, le solde des retraites se dégrade. Je préfère donc commenter, plutôt que le solde, la part des dépenses de retraites dans le PIB – variable économiquement pertinente car elle permet d’apprécier ce qui doit être prélevé sur les actifs pour financer les pensions.

  • Reculer l’âge légal de départ à la retraite n’est pas donc pas nécessaire ?

P.-L. B. : Je dis juste que le poids des retraites dans le PIB ne va pas dériver, quand bien même on ne toucherait ni à l’âge de départ légal à la retraite, ni au mode de calcul des pensions. […]


Recueilli par Emmanuelle Réju, La Croix- Titre original :  « La pérennité financière du système de retraite a été assurée » – Source (Extrait)