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Nombre de plaintes pour violences sexuelles ou de condamnations pour viol mais aussi évolution du sexisme ordinaire… Dans les faits, qu’est-ce qui a changé ?

On ne se souvient pas forcément de la date exacte, ni de ce que l’on était en train de faire lorsque ça a commencé. Mais on se rappellera toujours de cet automne 2017 où des milliers de femmes de tous les pays ont commencé à dire : “Moi aussi”. Et comment tout le monde s’est mis à parler de ça. Tout le temps. Partout. Sur les réseaux sociaux, dans les journaux, à la télévision, dans les cafés ou pendant les repas de famille.

Elles ont parlé de cette tape sur la fesse de la part d’un chef. De ces sifflements dans la rue. De ces baisers forcés. De ces propositions indécentes, et des menaces pour leur carrière en cas de refus. De ce coup au visage après s’être dressée contre leur harceleur. De ces SMS graveleux reçus toute la journée. De ces “tu devrais laisser tomber, il est puissant tu sais”. De ces “petite pute”, ou “espèce de salope”. De ces agressions. De ces viols. “Moi aussi”, “moi aussi”, et “moi aussi”.

5 octobre 2017, le séisme Weinstein

Tout commence en fait le 5 octobre 2017. Le New York Times publie une enquête […] dans laquelle plusieurs femmes accusent Harvey Weinstein de harcèlement sexuel. Il est l’un des producteurs les plus puissants de Hollywood, et est mis en cause par des actrices célèbres. […] Moins d’une semaine après, cinq femmes accusent le mogul d’agressions sexuelles et de viol dans les colonnes du New Yorker. […]

[…] En seulement trois jours, plus de 150 000 messages seront postés avec ce hashtag.

Tout est mis sur la table :

Le harcèlement, les blagues sexistes, la drague lourde, les agressions, les viols

Au même moment, l’actrice Alyssa Milano encourage les femmes victimes de harcèlement ou de violences sexuelles à partager leur témoignage via le #metoo. Et la déferlante prend une ampleur colossale. Le hashtag est partagé plus de douze millions de fois sur Twitter, Facebook ou Snapchat en à peine vingt-quatre heures.

Tout est mis sur la table : le harcèlement, les blagues sexistes, la drague lourde, les agressions, les viols. En France, les enquêtes médiatiques fusent. Il est question de harcèlement sexuel dans les hôpitaux, à l’université, au Mouvement des jeunes socialistes, à Radio France, chez LCI… Des agissements qui n’avaient pas été révélés jusqu’ici et qui deviennent dès lors intolérables. […]

Dès ce mois d’octobre 2017, une hausse de 30 % des plaintes pour violences sexuelles par rapport à l’année précédente est enregistrée par la gendarmerie nationale. […]

[…] en dix ans, le nombre de personnes condamnées pour viol a chuté de 40 %, selon Le Monde (article du 14/09/2018). La libération de la parole des femmes n’est-elle pas suivie par la justice ? En cause, les exigences en matière de preuves de plus en plus importantes depuis l’affaire d’Outreau, explique le quotidien. Cette différence entre le nombre de plaintes et celui des condamnations s’explique également par la hausse des dossiers classés sans suite.

En mars dernier, une étude du ministère de la Justice révélait que 73 % des personnes mises en cause dans des affaires de violences sexuelles (viols, agressions sexuelles, harcèlement) voyaient leur cas classé sans suite. “Il est urgent de changer la façon dont on prend en compte les plaintes des victimes”, martèle Emmanuelle Piet.

Difficile pour l’instant de savoir si le mouvement MeToo permettra de réduire ce décalage entre les chiffres en 2018. […]

Aujourd’hui quel bilan en tirez-vous, exagérations ou de réels bouleversements des mœurs ? MC


Fanny Marlier, Les Inrocks, Titre original : « Un an après MeToo et l’affaire Weinstein, où en est-on ? » – Source (Extrait)