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La banque française a démarché des PME italiennes pour qu’elles rapatrient leurs avoirs sur des comptes suisses non déclarés. Totalement illicite…

La gestion de fortune, c’est tout un art… Théoriquement, les banques n’ont pas le droit de démarcher des clients étrangers, et encore moins de les inciter à la fraude fiscale.

Pourtant, dans un documentaire intitulé « BNP Paribas, dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne », un ancien cadre dirigeant de la banque de Michel Pébereau accuse, à visage découvert, la filiale suisse de cette dernière d’avoir braconné en Italie.

Inédit à ce jour, un document de 2009, émanant du département BNP Wealth Management, détaille sur 16 pages la stratégie employée…

Étude de marché à l’appui, l’équipe de BNP Paribas à Lugano découvre que « 40 % des PME familiales italiennes vont changer de main au cours des dix prochaines années ». À l’issue de ces cessions, entrepreneurs et héritiers se retrouveront assis sur un tas d’or. Il convient donc de les inciter à planquer leurs lingots dans les coffres suisses de BNP Paribas. La chose s’annonce d’autant plus aisée que la banque française a pris le contrôle, en 2006, de la BNL, une banque italienne.

Comptes pas trop en vue

Malins, les cadors de la gestion de fortune n’invitent pas leurs cibles en Suisse, ils se déplacent eux-mêmes dans les succursales italiennes de la BNL pour expliquer aux futures recrues comment rapatrier discrètement leurs avoirs sur un compte helvète pour échapper à l’impôt. « Pratiquement 100 % des clients étaient non déclarés », assure, face caméra, cet ex-chargé de clientèle (aisée).

Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, pouvait-il ignorer que la BNL avait pour mission de rabattre des clients vers la Suisse ? En 2006, c’est lui qui avait été expédié dans la péninsule pour piloter l’intégration de la banque italienne… « Nous n’avons jamais eu connaissance de ce type de document et de témoignage », rétorque le porte-parole de BNP Paribas, interrogé par « Le Canard ».

Fraude à 10 milliards ?

La banque a déjà été épinglée en 2013 pour avoir prêté son concours à une vaste opération de blanchiment et de fraude visant à aider des hommes d’affaires africains à contourner le contrôle des changes (« Le Canard », 17/04/13). Mais n’a jamais vraiment été inquiétée par la justice française sur ces petites fuites fiscales…

En 2012, l’ancien directeur général de BNP Paribas, Baudouin Prot, a même juré devant la commission d’enquête du Sénat que sa banque ne favorisait en rien l’évasion de capitaux pour ses clients. Il suffisait d’y croire…

Une impunité à rendre jalouse UBS, qui, elle, a échoué à passer entre les mailles du filet judiciaire. La banque suisse et sa filiale française sont accusées d’avoir recruté de riches clients lors de réceptions, de parties de chasse et autres rencontres sportives, et de les avoir convaincus d’ouvrir des comptes non déclarés en Suisse entre 2004 et 2012. Inédit en France pour une banque, le procès-fleuve doit débuter le 8 octobre et durer six semaines. Selon les enquêteurs, le montant des avoirs non déclarés au fisc s’élève à 10 milliards d’euros.

Si Macron les récupère, il va pouvoir financer ses plans Pauvreté et Hôpital sans problème…


Odile Benyahia-Kouider – Source Le Canard Enchainé – Titre original : « Suisse, terre d’évasion pour la BNP », Mercredi 03/10/2018