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Où un Trump fasciné par les armes, l’armée et partisan de l’hégémonie militaire (en plus de celles commerciales)

Pour empêcher les migrations sud sahariennes de venir en Europe, le président américain estimait qu’il fallait construire un mur dans le Sahara. Il en avait fait part de « cette idée géniale » au ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Borrell, qui lui a rendu visite en juin. Depuis, sans doute très déçu par le peu d’écho qu’a rencontré sa proposition, Donald Trump n’a pas insisté, mais il ne s’est pas calmé.

Entre la guerre commerciale qu’il mène contre la Chine et les tweets aimables qu’il adresse à son homologue nord-coréen, il s’est attelé à ce que des diplomates français qualifient, d’« extravagances militaires », car ces projets sont plus qu’inquiétants.

Selon les informations transmises à Paris par les attachés militaires français en poste à Washington, Trump veut surarmer son armée.

Au début de l’année, il avait demandé à l’état-major de la marine de concocter un plan de développement de MS Navy. But recherché : prouver à la Chine que la suprématie maritime des Etats-Unis est indiscutable dans la « zone Asie-Pacifique ». Et même durable, puisque le « plan pluriannuel » mis en musique par les amiraux américains prévoit d’envoyer rôder sur les mers — de 2018 à 2046… — une flotte de 308 navires, parmi lesquels 254 seront construits pendant les vingt-huit ans à venir.

Si, face à cette armada, la Chine ne comprenait pas qu’elle est désormais considérée par Trump, et par nombre d’élus de l’opposition, comme l’ennemi principal « sur le plan militaire et sur le plan commercial » (formule d’un diplomate français), ce serait à douter de la lucidité des petits-fils de Mao…

Président insatiable

Après avoir satisfait ses ambitions navales, Trump s’est consacré au développement de l’US Air Force, et toujours avec cette démesure qui fait son charme, si l’on ose dire. Rien n’est encore rendu public, mais les attachés militaires français ont obtenu des précisions sur ses intentions, grâce à leurs – Contacts au Pentagone.

Actuellement, l’aviation militaire US compte environ 7.000 appareils (avions de combat en tout genre, avions-espions, ravitailleurs en vol, hélicoptères et avions cargos de transport pour le matériel ou les hommes, etc.). Pas assez, selon Trump, qui en veut très vite 8.500, soit 74 « escadrons » qui s’ajouteraient aux 312 actuels, et 1.500 avions à mettre en chantier.

Exemple : la centaine de B.21, qui peuvent balancer n’importe où missiles et bombes nucléaires, ont un goût de trop peu. Trump veut pouvoir disposer, au total, de 180 de ces bombardiers à 550 millions de dollars pièce. Même effort pour les Boeing ravitailleurs en vol (environ 170 à acheter) et pour les différentes versions du F-35, le dernier-né de Lockheed Martin, dont il devient nécessaire de développer la production. Ce très cher avion de combat est accueilli à bord de 12 porte-avions nucléaires (la Russie en a un, la Chine bientôt deux) ou confié aux unités du corps des Marines, et Trump compte en vendre des centaines à ses alliés…

Toujours à en croire les attachés militaires français, au Pentagone et à la Maison-Blanche, nombre de responsables – ou d’irresponsables, comme dirait Trump – se demandent combien pourraient coûter un tel effort de guerre – que le Congrès devra approuver, réduire ou rejeter – de cette folie des armes qui ne se soigne pas.


Claude Angeli – Le Canard enchainé – Mercredi 26 sept 2018