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Une interview de Michel Aoun président du Liban depuis octobre 2016.

  • LE FIGARO. – Votre mandat de président du Liban s’achève en 2022. Quels sont vos principaux chantiers?

Général AOUN. – Ma priorité est la sécurité de mes compatriotes. J’ai veillé à rétablir l’autorité de l’État. J’ai réorganisé l’armée, nommé un nouveau commandement et ordonné une action contre les organisations terroristes installées dans nos montagnes. Elle a porté ses fruits. Nous avons débarrassé le pays des terroristes de Daech et d’al-Nosra, infiltrés de Syrie. Nous démantelons les cellules dormantes. Nous arrêtons les gangs. La sécurité est garantie ; en atteste la reprise du tourisme.

En économie, les décrets d’adjudication du pétrole et du gaz, gelés depuis 2013 avec des intentions suspectes, sont signés. Les appels d’offres lancés. Les contrats octroyés. La lutte contre la corruption progresse. Je ne tolérerai pas les abus. La justice tranchera. C’est un véritable changement systémique.

Concernant la loi électorale, elle datait de 1926, il fallait la changer. Nous avons adopté une loi électorale à la proportionnelle qui permet une représentation plus juste du peuple libanais. Enfin, au sein de l’administration : on a remis de l’ordre dans les corps d’inspection, la diplomatie…  […]

  • Le sud du Liban peut-il être utilisé dans l’affrontement entre l’Iran et Israël ?

Non.

  • Le Hezbollah vous obéira, parce que vous êtes le chef des armées ?

Assurément. Si le Liban n’est pas attaqué, pas un seul coup de feu ne sera tiré depuis notre territoire. Mais s’il l’est, il aurait le droit de se défendre. […]

  • Quel est l’état des relations entre la Syrie et le Liban ?

Le Liban refuse de s’ingérer dans les affaires internes d’un pays tiers. Nous adoptons une politique de distanciation vis-à-vis des conflits dans la région, notamment en Syrie. […]

  • Le régime el-Assad est-il légitime ? A-t-il gagné la guerre ?

Le régime existe. […]

  • Là où les terroristes se sont implantés, en Syrie et en Irak, les chrétiens d’Orient ont été quasiment liquidés. Ils sont à la fois les témoins et les victimes d’une vague de barbarie qui rappelle les temps anciens. Au Liban, qui soutient les chrétiens ?

Tout le monde connaît mon parcours. Seul l’intérêt du Liban détermine mon action. Je m’oppose à tout alignement qui desservirait cet objectif. Les chrétiens du Liban se soutiennent eux-mêmes. Nous avons surmonté nos divisions. Certains différends persistent : sur la Syrie, sur des dossiers politiques. Mais ils n’ont jamais dérapé. Je suis totalement indépendant et attaché à l’indépendance du Liban. Pour l’instant, Israël nous menace, viole notre souveraineté et poursuit la spoliation des droits des Palestiniens.

On vient de recevoir un nouveau « cadeau empoisonné » : la suspension par le président Trump de la contribution américaine à l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), dont dépendent près de 500 000 Palestiniens au Liban.

Cela conduira à implanter définitivement les réfugiés palestiniens dans les pays où ils se trouvent, notamment au Liban. Depuis 2011 et l’afflux massif de plus d’un million de déplacés syriens sur notre territoire, le fardeau démographique, économique, social et sécuritaire devient insupportable. Aujourd’hui, un résident sur trois au Liban est, soit un déplacé, soit un réfugié. Leur implantation transformera notre démographie de façon irréversible.

  • L’alliance des minorités est-elle une garantie stratégique pour la sécurité des chrétiens d’Orient ? Sinon, quelle est votre proposition ?

Au Moyen-Orient, Israël cherche à fragmenter la région en pièces communautaires et confessionnelles, des simulacres d’États, pour assembler un puzzle sectaire. […]  Ce modèle est, en tous points, contraire à la nature démocratique du régime politique libanais, à notre diversité culturelle et à notre pluralisme religieux. […]


Le Figaro – Titre original : « Michel Aoun: «Israël cherche à fragmenter le Moyen-Orient» » – Source (Extrait)