Clément Méric–Mémoire

Clément Méric, militant antifasciste de 18 ans tombé le 5 juin 2013 sous les coups d’Esteban Morillo, skinhead proche du groupuscule d’extrême droite Troisième Voie. Cinq ans après, alors qu’à Paris s’est clos le procès de ses agresseurs aux assises, le vide laissé par Clément Méric est toujours béant sur la place Guérin, lieu de rendez-vous de tous les “irréguliers” à Brest, sa ville natale. […]

 […] de ses amis, après plusieurs jours de concertation ont accepté de nous parler de leur ami Clement Méric. … Ils auront des prénoms d’emprunts : Jimi, Myriam et Youri […].

« L’après a été dur à gérer ». […]

Quand Clément Méric est devenu une icône internationale de l’antifascisme, un désagréable sentiment de dépossession les a gagnés. « Dans tous les squats d’Europe où l’on va, il y a son portrait. Ça fait chaud au cœur mais je n’ai pas envie de voir son visage partout. Trois mois après sa mort, il y avait des badges à son effigie, j’étais mal », relate Youri, doctorant de 26 ans […]

Leur aventure collective commence sur cette place carrée du quartier Saint-Martin, épicentre de toutes les luttes sociales brestoises, à cent mètres de l’endroit où habitait Clément Méric.

Fin 2009, avec une amie, le jeune homme de 15 ans passe la porte du Triskell Diren, un ancien bar mythique, construit en autogestion dans les années 1980 (“diren” veut dire “sans chef” en breton), et transformé en squat après sa fermeture.

Jimi, étudiant en anglais de quatre ans son aîné, vient de remonter une section de la CNT avec quelques camarades. « Il était hyper intéressé par ce qu’on faisait, on lui a donné des trucs à lire, souvent il se mettait dans le fond de la salle pour bouquiner, il nous posait des questions. Il savait ce qu’il voulait, il est arrivé au Triskell avec un but », raconte-t-il.

[…] Pour Méric, c’est une révélation. Le fanzine Brest la Rouge, édité par le collectif des squatteurs et inspiré de Barricata, un magazine éphémère de la CNT, devient son bréviaire de contre-culture libertaire. […] « Au Noël de ses 15 ans, il lisait le Manifeste du Parti Communiste et Le 18 brumaire de Louis Bonaparte de Marx, et après il a enchaîné avec Daniel Guérin, auteur d’une histoire assez volumineuse de l’anarchisme. Il avait un grand attachement à l’autonomie. Il a trouvé l’incarnation de ses inspirations sociales dans ces auteurs, et avec eux il s’est doté des moyens intellectuels de ses enthousiasmes politiques. »

Son apparence, elle, ne varie pas : chemise à carreaux boutonnée jusqu’en haut, mocassins noirs bien cirés. Tout juste un petit badge de la CNT fait-il son apparition. Avec le collectif Crazy Youth, qu’il fonde avec ses camarades, ce partisan d’une liberté sans rivage organise des concerts, mène des “actions d’anti-rép” (contre la répression) et ouvre des squats.

L’antifascisme est un arrière-plan latent, dans cette ville de tradition ouvrière où Marine Le Pen n’est arrivée qu’en cinquième position au premier tour de la présidentielle de 2017 (12,98 %). « L’antifascisme faisait partie intégrante de ce qu’on faisait, mais il n’y avait pas une grosse menace de l’extrême droite en Bretagne, comme aujourd’hui d’ailleurs ». […]

Avant d’être tué par les nervis de Serge Ayoub, leader de Troisième Voie plus connu sous le pseudo de “Batskin”, Clément Méric, alors étudiant à Sciences-Po Paris, a vu la société s’extrême-droitiser au-delà du sanctuaire brestois. En 2013, l’hégémonie culturelle bascule radicalement à droite à la faveur de La Manif pour tous (LMPT), faisant pencher l’ensemble de l’échiquier politique. […]

« Après la mort de Clément, on a fait croire que l’extrême droite ne se réduisait qu’aux skinheads habillés en Fred Perry. Mais ce n’est pas que ça. Elle est implantée dans les têtes, et même dans le gouvernement : la politique de Gérard Collomb et l’affaire Benalla en témoignent. »

S’il devient plus difficile de mettre un doigt sur l’ennemi, il est donc toujours là. […]

Dans le bastion rouge et noir de Clément Méric, ses amis poursuivent leur combat au quotidien, en luttant contre la gentrification du quartier, pour les droits des personnes en exil, et en tissant un réseau d’entraide. […]

Fin 2016, ils ont accueilli temporairement à L’Avenir plusieurs familles de migrants expulsées du squat du Forestou, où elles occupaient d’anciennes maisons de cheminots. « C’est en montrant qu’il y a une alternative, qu’un autre modèle social est possible, qu’on lutte contre l’implantation des idées d’extrême droite, ce n’est pas juste en s’y opposant », relève Jimi.


Une interview de Mathieu Dejean – Les Inrocks – Titre original : « A Brest, les amis de Clément Méric entretiennent la flamme antifa » – Source (Extrait très partiel)


Note : Comme d’habitude ce n’est pas parce que j’ai « poste » ce billet que j’ai adopté les thèses de CNT, contestataires, anarchisantes, mais au titre d’information sur un événement malheureux qui fut tant « galvaudé » par certains politiques autant que de nombreux médias. MC

A Clément Méric , Paix à son âme.