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Le gouvernement serait « sataniste », voudrait « légaliser la pédophilie » ou encore « apprendre la masturbation dès la maternelle »… Qu’est-ce qui peut bien déclencher pareille excitation sur les réseaux sociaux et dans les milieux conservateurs ?

Une simple circulaire, destinée à rappeler aux recteurs d’académie la loi en vigueur depuis dix-sept ans en matière d’éducation à la sexualité. […]

Cette circulaire qui fait tant rugir  […] a été publiée au Journal officiel et envoyée jeudi aux recteurs d’académie par le secrétariat d’Etat à l’Egalité et le ministère de l’Education. […]

Qui agite le spectre de la masturbation ?

Des politiques de «dépravation sexuelle» qualifiées de «nuisibles» et qui méritent carrément de «mener un combat pour la protection de l’enfance»… Comme bien des détracteurs de l’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école, Farida Belghoul ne fait pas dans la mesure.

Son argumentaire, aussi tronqué que virulent, a des airs de déjà-vu. Et pour cause : en 2014 déjà, c’est cette enseignante et militante proche de l’essayiste d’extrême droite Alain Soral, qui avait mené la bataille contre les ABCD de l’égalité (programme destiné à déconstruire les stéréotypes filles-garçons), en lançant un appel à des journées de retrait de l’école. […]

En cette rentrée, ce sont plus ou moins les mêmes rengaines qu’à l’époque qui ressurgissent : pas touche à l’école, non à la «théorie du genre» (même si elle n’est que fiction), ne pervertissons pas les enfants…  […]

Sans surprise, la Manif pour tous, mouvement né en opposition au mariage pour tous, est elle aussi montée au créneau. «Incitons les parents à parler d’éducation sexuelle avec leurs enfants, ce n’est pas à l’école de le faire», a ainsi martelé la présidente de l’association, Ludovine de la Rochère, fin août sur Sud Radio.

L’association profite aussi de la rentrée pour exhumer Ecoleetsexe.fr, son site internet lancé en février 2017, sur lequel figure un nombre incalculable d’intox.

La plus fameuse ?

L’école apprendrait aux enfants à se masturber ou fournirait aux élèves des « travaux pratiques » pour apprendre les positions du kama sutra.

Profitons de cet article pour demander à l’ultra-catho Ludovine de la Rochère, ce qu’elle pense des prêtres pédophiles ??? – MC

Là encore, un vieux refrain déjà entonné à tue-tête lors du «combat» contre les ABCD de l’égalité. La masturbation semble décidément bien obsédante. «Alcool, porno, sex toys… Objectif ? Jouir un max», clame le site, prétendant résumer l’esprit des sessions d’éducation sexuelle dispensées à l’école.

Aussi grossière soit la manœuvre, elle a tout de même obligé la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes à remettre l’église au milieu du village au cours d’un Facebook live, fin août. «Il est hors de question d’enseigner ni la masturbation ni aucune pratique sexuelle à des enfants», a-t-elle insisté, dénonçant des faux documents diffusés par des «extrémistes» sur Internet et appelant les parents à la plus grande prudence. […]

[…]

Faut-il un nouvel élan ?

Améliorer l’éducation sexuelle est clairement une «urgence», affirme le Planning familial, l’une des associations agréées qui intervient en milieu scolaire. «Souvent, lorsque nous allons dans des classes de 4e, on se rend compte que les élèves n’ont pas eu d’autres sessions plus tôt dans leur scolarité», a ainsi récemment alerté sa coprésidente, Caroline Rebhi.

Ce constat alarmant rejoint celui établi par le haut conseil à l’Egalité (HCE). Dans un rapport très complet de juin 2016 basé sur l’inspection des pratiques de 3 000 établissements français, l’instance indépendante consultative relevait que 4 % des collèges et 11,3 % des lycées n’avaient rien mis en place sur le sujet, faisant fi de la législation. Un audit actuellement conduit par l’Etat confirme déjà ce triste constat, nous a confirmé le secrétariat d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes.

Or, comme le relevait l’Unesco en 2015, «les programmes d’éducation sexuelle peuvent s’avérer très efficaces, rentables et économiques pour réduire les risques sanitaires, dont les infections au VIH, les autres IST et les grossesses non désirées». En d’autres termes, c’est une question de santé publique. […]


Catherine Mallaval et Virginie Ballet, Libération – Titre original : « La sexualité, une question d’éducation » – Source (extrait)