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L’édito du canard relate parfaitement le cheminement d’un mec aux abois dans sa location entouré de ses mignons rapprochés toujours prêt a génuflexions.  MC

Cinq heures en tête à tête avec de vrais pauvres d’un refuge d’ATD Quart Monde à Noisy-le-Grand, rien de tel pour une remise à niveau de président des riches.

Cela peut, bien sûr, paraître un peu court, mais deux sondages ont déjà, presque simultanément, ramené Jupiter aux réalités en le faisant lourdement retomber sur terre.

Moins 10 points pour l’un, moins 12 pour l’autre, et, dans les deux cas, une dégringolade plus sévère que celle de l’anti-modèle Hollande à pareille époque. Le tout avec des résultats économiques pas franchement plus pétaradants que ceux de son prédécesseur honni.

Certes, il n’a toujours pas grand-chose à redouter de l’opposition, mais les déboires de ce mauvais été incitent à plus d’humilité ! L’humilité, c’est d’ailleurs l’élément de langage du moment. Plus question pour l’exécutif de la ramener trop bruyamment et de se reprendre dans les dents des procès en arro­gance. Du coup, plus question non plus de pester, en vidéo, contre le «pognon de dingue» des aides sociales : le Président la joue modeste, et se rend au chevet des humbles. Ce n’est plus Jupiter, c’est frère Emmanuel !

La visite aux pauvres, pardon, l’« immersion », n’était « pas à l’agenda »

On est priés de noter, là encore, la discrétion et l’humilité. Et on peut, au passage, remarquer la patte du service de communication de l’Élysée, repris en main et en cours de réorganisation ! Quand ça commence à aller mal, c’est toujours la com’ qui est mise en cause en premier.

Tout est bon pour tenter de remonter la pente. Et essayer, pour l’an II, de repeindre, sinon d’effacer, cette collante image de président des « très riches », et celle de président déconnecté de la vraie vie.

Macron est donc désormais, comme il l’a lui-même claironné, « à l’écoute » des Français. Et pas seulement des courtisans à placer ou des amis à nommer. Cette semaine, juste après l’élection disciplinée de Richard Ferrand pour incarner au perchoir la séparation des pouvoirs, Modeste Macron sera ainsi « à l’écoute » des 9 millions de nos concitoyens que les « inégalités de destin » obligent à survivre au-dessous des 1.000 euros et quelques du seuil de pauvreté.

Après les indigents de Noisy-le-Grand, place, jeudi, au plan Pauvreté. Ce devait être en juillet, mais, pour cause de football, l’annonce avait été ajournée, ce qui n’avait pas manqué d’être, évidemment, perçu comme : les pauvres peuvent attendre, ils ne partent pas en vacances…

Mais c’était encore au temps de l’arrogance. Cette fois, ils seront choyés. Le contenu du programme n’est pas divulgué, mais un chiffre de 4 milliards a déjà fuité, et, entre automatisation du RSA, extension de la CMU et petits déjeuners à l’école, les pauvres seront moins pauvres, promis-juré !

Même symbole fort si, à la veille de l’annonce de ce plan Pauvreté, Jupiter reçoit, ce mercredi dans la journée, au Château, le président de la Confédération helvétique, pays du coffre-fort. Puis, à Versailles, le prince héritier fils de Son Altesse impériale du japon. Le « en même temps », sûrement !

Les pauvres sauront apprécier. Et faire preuve de commisération. Macron leur avait déjà expliqué que le problème n’était pas d’améliorer avec des petites mesures leur mauvaise situation, mais « d’en sortir ». C’est aussi un peu le cas pour lui, aujourd’hui.


Erik Emptaz – Le Canard Enchainé – 12 sept 2018