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Magouilles téléphoniques, dénigrement commercial des rivaux…

En2017, l’Autorité de la concurrence a infligé aux patrons voyous qui s’entendent sur le dos des consommateurs ou des concurrents 497,8 millions d’euros d’amendes, contre 203,2 millions l’année précédente. Bonne pêche !

Aperçu des coups les plus fumants…

Chimiste qui dissout son rival

Sur son site, Brenntag, leader du commerce de produits chimiques (acides, détergents, lubrifiants), qui affiche un chiffre d’affaires de 11,7 milliards d’euros, clame son « intégrité dans [ses] transactions professionnelles ». Gaches Chimie en sourit, qui dénonce des pressions de Brenntag sur ses fournisseurs afin qu’ils cessent de travailler avec son concurrent.

Déjà condamné en 2013 pour avoir lancé l’idée d’un cartel de fabricants de produits chimiques, Brenntag s’est d’abord contenté de livrer aux enquêteurs des éléments « lacunaires et imprécis ». Puis le groupe a refusé de « livrer des informations qui relèvent de sa sphère « privée » (sic) », avant de demander l’annulation d’une procédure qui « lui impose une charge de travail excessive (resic) ». Résultat : 30 millions d’euros d’amende pour rétention d’information et obstruction.

Marchands de lino qui collent les clients

Leur petit jeu durait depuis vingt-huit ans ! Dès 1990, les trois principaux fabricants de linoléum et de revêtements de sol en PVC (Forbo, Gerflor et Tarkett) commençaient à échanger des informations commercialement sensibles. Objectif : garder la mainmise sur ce marché de 435 millions d’euros en évitant « une guerre des prix exacerbée ».

Ces échanges illégaux ont permis de « découvrir le potentiel de certaines régions » ou de « rectifier les objectifs qualitatifs de certains commerciaux », a plaidé sans rire la directrice des ventes de Forbo auprès des enquêteurs.

À partir de 2001, les têtes de lino se sont accordées sur les hausses de prix et les tarifs… planchers. Pour échapper aux contrôles, chaque conjuré était équipé, en plus du téléphone de son entreprise, d’« un léphone dont la ligne avait été ouverte par un concurrent afin que les communications aient toujours lieu entre deux téléphones de la même entreprise ». Les fraudeurs ont écopé d’une giga-amende de 302 millions d’euros.

Vendeurs de vaccins qui anesthésient

De vrais disciples des piqûres ! Entre 2008 et 2010, une épidémie de fièvre catarrhale ovine (la tremblante du mouton) a fait la fortune de trois fabricants de vaccins. Déjà liés, comme le découvriront les enquêteurs, par un « pacte de non-agression », les trois principaux acteurs du secteur ont fixé conjointement le niveau de remboursement demandé à l’administration. Ainsi, pour la première campagne de vaccination, ils ont arraché un défraiement de 4 centimes (hors taxes) par dose livrée, alors que leur coût réel se situait entre 1 et 2,50 centimes.

Le contenu des boîtes mail saisies ne laisse aucun doute sur la tricherie. « Tu as fait une multiplication de 49 millions et 0,04 euro et 0,01 pour voir si cela couvrait nos frais (et le container de champagne LOL ? » s’interroge le patron de l’un des trois prestataires. Un autre félicite son responsable administratif : « Je suis conscient de la difficulté que vous avez rencontrée compte tenu de la gymnastique à laquelle nous vous avons demandé de vous prêter. » Les gymnastes écopent d’une amende de 15,7 millions d’euros.

Laboratoire qui soigne son cachet

Utilisé depuis les années 60, le Fentanyl permet d’atténuer les douleurs chroniques d’origine cancéreuse. Filiale du groupe américain Johnson & Johnson, le laboratoire Janssen-Cilag le commercialisait sous le nom de « Durogesic ».

Le brevet protégeant sa formulation a expiré en 2005. Deux ans plus tard, un labo concurrent, Ratiopharm, obtient de la Commission européenne une autorisation de mise sur le marché de patchs du Fentanyl générique. Se sentant spolié, Janssen-Cilag fait alors du forcing auprès de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), pour que soit refusé en France l’octroi au Fentanyl du statut de générique. Le labo invoquait des défauts de sécurité ou des « effets indésirables ». Anesthésiée par cet argumentaire alarmiste, l’autorité de santé a mis une année complète avant d’autoriser le Fentanyl.

Le labo s’est ensuite adonné au dénigrement à grande échelle : un « commando » de 300 visiteurs médicaux a été chargé de dissuader pharmaciens et médecins d’avoir recours au générique, et le calomniateur a même organisé des « master class » pour les grossistes. Pénalités : 25 millions.


Odile Benyahia-Kouider – Le Canard Enchainé 05/09/2018