Mots-clés

Affaires (Benalla, Nyssen, etc.), démissions (Nicolas Hulot, Laura Flessel), grogne de Stéphane Bern, fausse dramaturgie pour l’accession au perchoir à la direction du groupe « En Marche », et surtout inquiétudes sociales … et pas seulement des retraités: dans les difficultés actuelles du pouvoir politique en France, quelle est la part d’éléments conjoncturels et quelle est celle d’enjeux structurels?

L’actualité peut s’analyser en tant que telle, dans le très court terme, comme une crise, une mauvaise passe, un creux passager pour le chef de l’État. […]

[…] Deux motivations principales ont poussé les électeurs à voter pour Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle de 2017.

  • Pour la première, défensive, il s’agissait avant tout de faire obstacle à la montée du nationalisme et du populisme, dans un contexte préoccupant –les sondages étaient allés jusqu’à créditer Marine Le Pen de quelque 40% des intentions de vote. De ce point de vue, Emmanuel Macron incarnait, comme Alain Juppé avant lui, le moins pire des choix aux yeux d’un électorat de gauche et de droite modérées, ou centriste.
  • Avec la seconde motivation, constructive, l’enthousiasme était au rendez-vous: Emmanuel Macron proposait un élan, des perspectives de changement séduisantes, alors même que le système politique classique gauche-droite était vermoulu. Il apportait satisfaction aux plus réformistes tout en incarnant le dépassement d’oppositions obsolètes, et l’espoir d’une nouvelle façon de faire de la politique. […]

[…] On parle aujourd’hui de «rentrée difficile» pour le gouvernement.

Les plus critiques soulignent le caractère intenable du modèle proposé par Emmanuel Macron, l’impossibilité qu’il y aurait, finalement, à satisfaire à la fois les riches et les pauvres, les personnes actives et celle retraitées, à conjuguer l’efficacité économique et le respect de l’environnement et l’écologie, les intérêts de divers groupes de pression et la sauvegarde de la planète –ce que la démission de Nicolas Hulot est venue aussi signifier.

D’autres –ou les mêmes– s’en prennent au caractère techno-bureaucratique des équipes qui entoureraient le président, ou à son mode de fonctionnement «jupitérien», de haut en bas, sans réelle considération pour les médiations, notamment syndicales. La liste de ces critiques pourrait être allongée.

Mais l’essentiel est de voir qu’elles procèdent toutes d’une même démarche, qui consiste finalement à considérer les difficultés du pouvoir comme liées au pouvoir lui-même, à la conception –réelle ou supposée, peu importe– que le chef de l’État a de son exercice, et à des choix dont l’articulation se révélerait impossible, le «en même temps» présidentiel tournant de ce point de vue au «wishful thinking» [vœu pieux].

En résumé, l’équation politique incarnée par Emmanuel Macron et les promesses de changement allant de pair s’avèreraient problématiques, et peut-être impossibles à assumer durablement. […]


Michel Wieviorka, Slate.fr, Titre original – « Le macronisme est dans l’impasse, et l’entêtement du président ne résoudra rien » – Source (Extrait) http://www.slate.fr/story/167030/politique-rentree-macron-popularite-defi