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Et c’est peu de dire que le sujet inquiète et que l’exécutif est plutôt disqualifié aux yeux des Français pour conduire une réforme socialement juste. La vague promesse du candidat Macron qu’un euro cotisé donnerait les mêmes droits pour tous a bien les apparences de l’équité, mais quand on y réfléchit, on se demande de quels droits on parle.

En effet, pour le peu qu’on en sache, le gouvernement voudrait désormais que le calcul de la pension soit fait sur l’ensemble de la carrière et non plus sur les meilleures années soit sur les 43 annuités cotisées, au lieu des 25 meilleures années dans le privé et des 6 derniers mois dans le public. Ceci pénalisera directement ceux qui ont une progression de carrière en particulier les ingénieurs, cadres et techniciens. Or on a déjà vu après les dernières réformes que l’extension du calcul sur les 10 meilleures puis sur les 25 meilleures avait contribué à faire baisser le taux de remplacement.

Ensuite, que deviendraient les mécanismes de solidarité qui neutralisent les aléas de carrière (chômage, maternité…) ?

Leur suppression ou leur plafonnement risque d’imposer une double peine à ceux qui ont traversé des périodes de chômage et d’accentuer encore les inégalités de pension entre femmes et hommes. Les femmes, cadres notamment, sont payées en moyenne 26 % de moins que les hommes et touchent une pension 40 % plus faible. Ces inégalités sont en partie compensées par les droits familiaux, avec la validation des congés maternité et parental et les pensions de réversion en cas de décès du conjoint.

Enfin l’équité ça veut dire quoi si on ne sait rien sur le contenu de nos droits à retraite.

  • Que représentera le montant de la pension par rapport au salaire de carrière, le fameux taux de remplacement ?
  • Quel montant de retraite ?
  • Quel âge de départ ?

Voilà des questions qu’il est urgent de débattre avec les salariés pour les informer, les mobiliser face à une réforme qui avance masquée. Il faut notamment éclairer les citoyens sur les risques que fait peser le passage à un régime par points. Si dans un tel régime chacun percevra en fonction de ce qu’il aura cotisé durant toute sa carrière, en revanche le montant de la pension ne sera pas garanti et ne sera connu seulement qu’au moment du départ en retraite.

Le passage vers un régime à cotisation définie va permettre au gouvernement d’accéder à la revendication du Medef de bloquer l’évolution des cotisations. Mais mécaniquement, si elles ne suffisent pas à̀ financer les pensions, les retraites seront revues à la baisse.

Tels sont quelques-uns des enjeux de cette réforme que la mission du Haut-Commissaire espère dédramatiser, dépassionner. Mais la France n’est pas le pays des Bisounours. Les grands gagnants qu’on entend d’ailleurs assez peu en ce moment, ce seront les assureurs et les banquiers.

La baisse générale programmée des pensions, et en particuliers celles des salariés les plus qualifiés et en responsabilités vise à̀ généraliser les retraites par capitalisation comme complément de retraites.

On le voit, les enjeux sont décisifs. […]


Source Médiapart – Le blog de l’Ugict-CGT – Source accès libre