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La France est-elle sous la menace d’une vaste épidémie de rougeole ?

Santé publique France le craint tandis que l’OMS s’alarme, l’Europe totalisant déjà 41.000 cas dont au moins 37 décès sur les six premiers mois de 2018 contre 24.000 cas en 2017. Sept pays signalent plus de 1.000 cas dont la France (2.741 cas dont trois décès entre novembre 2017 et fin juillet).

Cependant, le nombre de cas hebdomadaires est à la baisse depuis quelques semaines dans l’hexagone. « La probabilité de connaître une grosse épidémie comme celle de 2008-2011, qui a touché 50.000 personnes, semble très faible. Nous sommes plus exposés à de nouvelles flambées épidémiques mais celles-ci resteront sans doute régionales comme les dernières observées en Gironde, Alsace ou à Calais dans les camps de migrants », relativise le Pr Daniel Floret, vice-président de la commission technique des vaccinations de la Haute Autorité de Santé.

Un million de Français « réceptifs » au virus

Aujourd’hui, un million de Français sont « réceptifs » à la rougeole car ils ne sont pas vaccinés et n’ont pas été exposés au virus. « Il suffit de craquer une allumette dans les régions où les populations sont les moins vaccinées et l’incendie part », explique le Pr Floret. Situées « au sud », ces régions sont celles « où la désinformation est la plus forte » selon ce pédiatre.

« Seule une campagne de rattrapage de la vaccination en milieu scolaire pourrait résorber ce chiffre d’un million Nous la réclamons depuis des années mais c’est une décision politique. Et depuis la polémique sur le vaccin contre l’hépatite B, c’est tabou de parler de vaccination à l’école », déplore Daniel Floret.

Ce pédiatre se demande aussi « pourquoi ne pas contrôler le statut vaccinal à l’entrée de l’université ? ». Car les jeunes adultes de plus de 15 ans ont été les plus touchés par la dernière épidémie, partie du campus universitaire de Bordeaux.

La rougeole étant la maladie infectieuse la plus contagieuse – un malade peut contaminer 10 à 15 personnes – il faudrait un taux de 95 % de vaccination pour l’éradiquer. Or ce taux plafonne à 90 % pour la première dose. L’abaissement de l’âge de la seconde injection avant 2 ans – motivé par le fait que les pédiatres sont davantage « pros vaccination » que les généralistes – a permis de remonter le taux de la seconde dose de 70 à 85-90 °

A l’obligation vaccinale, entrée en vigueur en janvier, devrait aboutir « à terme » à l’éradication. Mais pas avant une dizaine d’années, loin de la date de 2020, fixée par l’OMS. Et c’est sans compter les conséquences de la probable suppression de l’obligation; vaccinale en Italie qui exposerait la France à des cas importés. En 2008, l’épidémie était partie de Suisse avant de transformer la France en premier pays exportateur de rougeole…


Sylvie MONTARON – Dauphiné Libéré – 06/09/2018