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Ces patrons et actionnaires qui s’engraissent en dégraissant

Et une étoile de plus sur le maillot des sociétés françaises !

Selon une récente étude du cabinet britannique Janus Henderson, la croissance des dividendes versés au deuxième trimestre par les boîtes françaises (23,5 %) nous situe parmi les champions du monde. Les rémunérations des patrons du CAC 40, également en hausse, elles, de 13,9 % l’an dernier, placent aussi leurs bénéficiaires aux premières loges.

Pour nombre de ces entreprises, les résultats, en hausse, expliquent ces généreuses dépenses. Pour d’autres, il s’agit — même au prix de sacrifices financiers d’empêcher les actionnaires d’aller voir ailleurs. L’ennui, c’est que, dans le même temps, de sévères purges au sein des effectifs sont parfois décidées. Mais, au moins, quelques actionnaires gardent le sourire…

Face à la numérisation dévoreuse d’emplois et à des profits en forte baisse, la Société générale a vendu aux syndicats, dès mars, un plan de rupture conventionnelle collective, l’une des trouvailles de la loi Pénicaud. Objectif d’ici à 2020 : 9 % de jobs et 400 agences en moins.

Les banquiers passent à la caisse

Le PDG, Frédéric Oudéa, aurait pu, à l’instar de ses actionnaires, rester au régime sec, avec une baisse de 10 % de la « part variable » de son salaire : après tout, il n’a atteint, selon les termes du rapport financier, que « 74,4 % de ses objectifs » en 2017. Mais une astucieuse formule d’intéressement taillée sur mesure fait grimper sa rémunération annuelle à 3,46 millions d’euros, soit 18 % d’augmentation. Une partie de son état-major, virée depuis, a été nettement moins récompensée…

BNP Paribas utilise les mêmes recettes : 200 agences fermées en deux ans et 730 suppressions d’emplois… en attendant beaucoup plus. Les dividendes, eux, ont grimpé de 12 % en 2018, et le grand patron, Jean-Laurent Bonnafé, a empoché l’an dernier un salaire total de 4,45 millions grâce à un opportun bonus de 30 %. Comment vivait-il avant, avec moins de 4 millions ?

Commerce très agréable

Entre dividendes, paquets d’actions attribués gracieusement aux dirigeants et salaires mirifiques, la grande distribution n’a jamais aussi bien porté son nom. Exemple : chez Carrefour, malgré 531 millions de pertes en 2017, le dividende — il est vrai au plus bas (0,46 euro) — restera positif.

Georges Plassat, l’ex-PDG à l’origine de cette brillante situation, est parti à la retraite avec un « golden parachute » de 13 millions d’euros (ramené ensuite à 9,2 millions). Pour les quelques 2 400 salariés — bientôt plus, selon les syndicats — promis aux « départs volontaires », le cadeau d’adieu sera sans doute plus modique.

Chez Auchan, la famille Mulliez, qui contrôle le groupe, s’est octroyé 465 millions de dividendes en trois ans. Or, de 2009 à 2017, la rentabilité a chuté et le bénéfice est tombé de 20 % à 1 % du chiffre d’affaires. Pas sûr que quelques centaines de millions consolent les Mulliez…

Lafarge Hocim, le géant mondial franco-suisse du béton, vient d’annoncer plusieurs centaines de suppressions d’emplois. Pour investir davantage ? Que nenni : les économies attendues seront intégralement affectées à l’augmentation des dividendes et au rachat d’actions par la société… De quoi cimenter la confiance des actionnaires!

Dégagisme industriel

Quant à Airbus, le groupe a annoncé, en mars, son projet de débarquer 3 600 salariés, dont une minorité en France. Ses difficultés — la mévente des A380 et les soucis de l’A400M— ne datent pas d’hier. Au total, pourtant, les dividendes versés en 2016 ont dépassé les bénéfices. En 2017, ils se sont de nouveau accrus, de 11,1 %.

Nul ne le conteste, les résultats de PSA (1,9 milliard de profit en 2017) sont florissants. Mais son PDG, Carlos Tavares, continue d’élaguer. Après l’annonce, en janvier, de 1 300 suppressions d’emplois en France, il se tourne vers sa filiale allemande Opel. Malgré la mise en garde d’Angela Merkel, l’usine d’Eisenach, a-t-il déclaré le 19 avril, devrait perdre près de la moitié de ses 1 800 salariés.

Cinq jours plus tard, il a empoché une prime de 1 million «pour la mise en place du plan de redressement d’Opel ». Le prix d’une douloureuse décision.


Et moi … J’tire la langue disent des millions de travailleurs, érémistes, chômeurs, handicapés, retraités …  chaque mi mois … MC


Alain Guédé Le Canard Enchainé – 05/09/2018