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Grandes manœuvres à la « poste ».

Cette semaine, on a annoncé à Bercy le rapprochement de la Banque postale et de CNP Assurances, et de ce fait, la prise de contrôle de La Poste par la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Le ministre Bruno Le Maire a ainsi salué la naissance d’un «grand pôle financier public».

Mais il faudrait beaucoup de culot ou alors très peu de mémoire pour y voir une rupture de politique économique ou la preuve d’un nouveau monde. Car on ne compte plus le nombre de fois où les bans d’un pôle public financier ont été publiés.

Dans ce secteur, l’histoire récente est celle d’un mouvement perpétuel de respiration. Un jour, il expire – et cède ses activités de financement des collectivités locales, l’ex-Dexia, ou de banque d’investissement, l’ex-Ixis. Un jour, il inspire – et crée la Banque publique d’investissement, BPI France, ou comme aujourd’hui arrime « La Poste » à son périmètre.

Mais toujours on salue. Et le mouvement stratégique est étayé par une priorité politique du moment: accessibilité bancaire, financement des entreprises, ou, cette fois, accompagnement des territoires et des collectivités.

Si l’opération annoncée cette semaine est disruptive, c’est en fait plus sur la méthode que sur le fond. Une fois n’est pas coutume, l’État a su aligner ses moyens et ses troupes pour réussir sa manœuvre. Et c’est sans trop de psychodrame que l’exécutif a obtenu de la Caisse des dépôts ce que l’institution de la rue de Lille avait toujours refusé: la cession du contrôle direct de la CNP.

La transaction tend en revanche à conforter une habitude de plus en plus ancrée dans le périmètre de l’État actionnaire au sens large: celle de procéder à des opérations en famille. C’est entre entités publiques que l’on se vend et que l’on s’achète les entreprises et les participations.

Dans le cas présent, la Caisse des dépôts, institution publique, apporte ses parts de la CNP à La Poste dont elle deviendra ainsi l’actionnaire majoritaire tandis que l’État, au travers de l’Agence des participations de l’État (APE), en conservera une minorité de blocage au capital. Au terme de ce jeu de bonneteau, insistent les protagonistes, «La Poste restera 100 % publique». Tout change mais rien ne change, en somme. […]


Bertille Bayart, Le Figaro – Titre original : « L’État actionnaire ou les affaires en famille », Source (Extrait)