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[…] … Ce pape, qui en 2013 avait lancé devant 70 journalistes stupéfaits « qui suis-je pour juger les gays ? », est désormais devenu le symbole d’une Église rétrograde.

Interrogé sur ce qu’il dirait à des parents observant des « tendances homosexuelles » chez leurs enfants, il a été très clair : « Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie. » Un terme, finalement retiré de la déclaration officielle par le Vatican, qui a provoqué la rage des membres du collectif Irrécupérables.

Le soir même, le groupe né en juin dernier appelait les militants LGBT à se rassembler pour « exiger une condamnation sans ambiguïté des propos du pape par Emmanuel Macron et une politique tournant résolument le dos à l’homophobie du Vatican ».

Pour Nathan, membre de l’association Aides, la déclaration du souverain pontife est d’une extrême gravité : « Le pape nous traite de malades mentaux. Un jeune gay de 10 ans qui entend ça… Sa vie est ruinée. C’est horrible. » « Ce genre de propos commence à être régulier dans l’Église, ajoute-t-il, mais, à chaque fois, on reprend un gros coup au moral. »

[Le pape a un discours ambivalent sur l’homosexualité.]

En mai dernier, il déclarait à un jeune Chilien homosexuel, victime dans son enfance d’abus sexuels par un prêtre pédophile : « Dieu t’a fait comme tu es et il t’aime ainsi. Le pape t’aime comme tu es et tu dois être heureux de ce que tu es. »

Pour l’ « Autre Cercle » (association de défense des personnes LGBT en milieu professionnel), ces contradictions n’ont que trop duré : « L’Église ne cesse de souffler le chaud et le froid. Un jour, le pape fait un pas vers nous ; le lendemain, il en fait trois en arrière. » […]

[…] Selon la jeune femme, « ça fait des années qu’une organisation, qui a une emprise sur des millions de personnes, fait souffrir des milliers de jeunes ». […]

Un coup de « com » pour faire oublier les scandales de pédophilie

En réalité, beaucoup ne perçoivent cette déclaration que comme une manœuvre politique du Saint-Siège. Empêtrée dans de multiples scandales de pédophilie, l’Église se devait de « faire un coup de « com » pour que les gens pensent à autre chose », analyse Nathan, d’Aides. […]


Laurène Bureau Source (Extrait)


La déclaration papale « vue » par le journal « La Croix » 

1/ Qu’a dit le pape dimanche sur l’homosexualité ?

Le pape François a été interrogé par un journaliste hispanophone qui est revenu sur les propos du premier ministre irlandais Leo Varadkar. Ce dernier s’était félicité des efforts de son pays pour « moderniser nos lois » : introduction du divorce, légalisation de l’avortement, mariage homosexuel… Évoquant les conséquences de ce changement sociétal sur les familles catholiques, le journaliste a demandé au pape ce qu’il conseillerait à un père auquel son enfant confie son homosexualité.

 « Je dirais d’abord à ce papa de prier, de ne pas condamner, de dialoguer, de comprendre, de faire place à son fils ou à sa fille afin qu’il s’exprime », a affirmé François, soulignant qu’il fallait distinguer selon le moment du développement psychoaffectif de l’enfant où s’exprime cette tendance homosexuelle. « C’est une chose quand cela se manifeste dès l’enfance », a-t-il relevé, expliquant qu’« il y a alors beaucoup de choses à faire par la psychiatrie ». […]

2/ Pourquoi le pape a-t-il parlé de « psychiatrie » ?

L’utilisation de ce mot a suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux. Interrogée lundi 27 août par l’AFP, la salle de presse du Saint-Siège précise que « quand le pape se réfère à psychiatrie, il est clair qu’il cite cela comme un exemple, parmi “différentes démarches qu’ils (les parents) peuvent faire”. Avec ce mot, il ne voulait pas dire qu’il s’agit d’une “maladie psychiatrique”, mais que cela a peut-être quelque chose à voir avec la psychologie. »

De fait, on peut supposer que le pape, en répondant rapidement, a englobé dans ce mot « psychiatrie » l’ensemble des « psys ». Dans la retranscription officielle, ce mot « a été enlevé » plutôt que remplacé « pour ne pas changer la pensée du Saint-Père », explique la salle de presse du Saint-Siège […]

3/ Pourquoi ces propos ont-ils pu choquer ?

« Ces paroles sont blessantes et très culpabilisantes pour les personnes homosexuelles », souligne Marie-Rose Moro, professeur de pédopsychiatrie à l’université Paris-Descartes. […]

C’est en 1973 que l’homosexualité a été retirée de la liste des maladies mentales de l’association américaine de psychiatrie. Et il a fallu attendre 1993 pour que l’Organisme mondial de la santé (OMS) fasse de même.[…]

4/ Comment l’Église considère-t-elle l’homosexualité ?

Certes, le Catéchisme de l’Église catholique (CEC) n’a pas changé sur cette question depuis sa publication, en 1990. On peut toujours lire que « les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés » (art. 2357) et que « les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté » (art. 2359).

Mais « pour l’Église, l’homosexualité n’est en rien une maladie mentale, insiste Mgr Olivier Ribadeau Dumas, porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF). […]


Pierre Bienvault, Claire Lesegretain et Nicolas Senèze (à Rome) – La Croix –b  Titre original  « Propos du pape sur l’homosexualité : pourquoi a-t-il parlé de « psychiatrie » ? » – Source (Extrait)


Dessin Lefred -Thourou, Le Canard Enchainé – 29/08/2018