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L’affaire Monsanto et du désherbant glyphosate ne révèle que le sommet de l’iceberg d’une politique de sécurité sanitaire scandaleuse qui nous concerne tous au quotidien.

Il a fallu attendre près d’un demi-siècle (le glyphosate a été commercialisé par Monsanto sous la marque Roundup à partir de 1974) et l’accumulation de dégâts incalculables envers les victimes humaines et l’environnement pour enfin voir condamner la firme par la justice californienne.

Jusqu’à la victoire judiciaire le 10 août du jardinier Dewayne Johnson, atteint d’un cancer incurable, tous les fabricants de produits phytosanitaires pouvaient compter sur une formule astucieuse pour se sortir de ce genre de procès «ennuyeux». Elle tient au fait que l’autorisation pour la mise sur le marché de tout produit phytosanitaire en ce qui concerne la sécurité sanitaire humaine se base largement sur des tests sur animaux, le rongeur étant le mammifère de référence.

Le fabricant peut ainsi s’appuyer sur le fait qu’il existe souvent des données animales contradictoires : il suffit de choisir la «bonne espèce» pour démontrer l’innocuité de quasiment n’importe quelle substance.

 […]  …. grâce aux Monsanto Papers, on sait que l’entreprise avait occulté plusieurs données, y compris une étude dans laquelle des souris exposées au glyphosate développent un cancer rare. En paniquant et en cachant cette étude et d’autres éléments, Monsanto a marqué un but contre son propre camp et s’est retrouvé condamné. Mais quelle est la réelle signification des cancers observés chez la souris, vu que les tumeurs de ces animaux sont majoritairement des sarcomes alors que chez les humains, la majorité des cancers sont des carcinomes, donc très différents ?

La vraie fraude scientifique va bien au-delà du procès contre Monsanto. […]

La réglementation américaine (le Toxic Substances Control Act de 1976) est très claire à ce propos : la preuve du risque sanitaire ne doit pas incomber à la société civile et ne doit pas être réglée uniquement par le gouvernement. Ce fardeau doit être porté par l’industrie ou le fabricant souhaitant fabriquer ou commercialiser des agents chimiques. Il est évident qu’en l’occurrence l’esprit de la loi n’a pas été respecté. […]


André Ménache,  Libération – Titre originale : « Monsanto, les rongeurs et la fraude scientifique » – Source (Extrait)