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 Attention à la dépressurisation !

Les exigences financières du nouveau directeur général d’Air France-KLM risquent de provoquer de sérieux trous d’air…

Benjamin Smith, 46 ans, ex-numéro 2 d’Air Canada, a négocié un contrat des plus alléchants. Il a exigé un logement de fonction ! De préférence avec vue sur Roissy ou sur la tour Eiffel ? Et sa rémunération annuelle sera trois fois supérieure à celle de Jean-Marc Janaillac, l’ancien PDG d’Air France-KLM, contraint à la démission en mai après avoir perdu un référendum interne.

Chez Air Canada — une compagnie deux fois plus petite qu’Air France-KLM —, Benjamin Smith, titulaire d’une simple licence d’économie, percevait 2,7 millions d’euros par an.

Les administrateurs d’Air France-KLM lui ont octroyé une rémunération fixe de 900 000 euros par an, assortie d’une part variable pouvant atteindre 1,3 million. Enfin, il dispose d’un plan d’actions à long terme lié aux résultats de l’entreprise. « Le montage était tellement complexe qu’il a fallu faire venir ses avocats », s’émeut un administrateur.

Pilotage non automatique

Au total, l’addition pourrait atteindre 4,25 millions d’euros par an (« Les Échos », 20/08/2018). On est loin des 450.000 euros imposés par François Hollande aux patrons des entreprises publiques !

Pourquoi l’État, détenteur de 14,3 % du capital du groupe aérien, a-t-il accepté des conditions aussi folles ? Parce qu’il y avait urgence à mettre un PDG . La grève de juin a coûté 400 millions d’euros à l’entreprise. La crise de gouvernance dure depuis trois mois.

L’Élysée a laissé Bercy monter en première ligne. « Trop de coups à prendre, ricane un banquier. Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée, n’a pas voulu prêter le flanc à la critique. »

Résultat ? « Bruno Le Maire a géré la succession de Janaillac à la hache, souligne un dirigeant. Il a tout fait pour barrer la candidature de Philippe Capron, directeur financier de Veolia. Mais, comme il n’arrivait pas à recruter un cador de l’aéronautique, il a été obligé d’ouvrir les vannes… financières. »

À présent, tous les membres du comex (comité exécutif) d’Air France vont pouvoir réclamer une augmentation.

Et les salariés, qui menacent déjà de nouvelles grèves, ne se contenteront pas des miettes de plateaux-repas… « Nous, cela ne nous gêne pas que notre patron gagne très bien sa vie et fasse valoir les lois du marché. Mais il serait curieux qu’il n’y ait pas d’argent pour les autres », prévient Philippe Evain, président du SNLP-AF, principal syndicat de pilotes.

Voilà le nouveau PDG prévenu.

Ben Smith va devoir apprendre la diplomatie française, des cours de français … ou la course à pied et surveiller ses chemises…


Odile BenyahiaKouide – Le Canard Enchainé – 22/08/2018