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[…] [C’est la rentrée à la fois présidentielle pour le gouvernement et tous les élus] […] Conseil de défense et des ministres dans la foulée : deux formalités.

C’est après que les choses risquent de se compliquer. Car, si le séjour balnéaire de Brégançon a été plutôt calme pour Jupiter et la météo riante, le climat de cette rentrée s’annonce autrement plus perturbé.

[Devant lui c’est] une consommation flagada, une croissance molle […] et une inflation en surpoids […]. Les beaux chiffres porteurs de l’année dernière, avec une croissance à 2,2 %, meilleur résultat depuis dix ans, dont le nouvel arrivant à l’Élysée avait aimablement profité, se sont sérieusement déglingués.

Les plus optimistes tablent désormais sur 1,8 % au lieu des 2 % escomptés, d’autres descendent jusqu’à 1,6 %. Ce qui tombe évidemment fort mal, juste au moment où le Président, hâlé, entendait démontrer qu’il n’était pas seulement l’ami des « premiers de cordée » mais aussi celui du pouvoir d’achat. Juste au moment aussi où, avant la présentation du prochain budget, il s’agit, à la mi-septembre, de promouvoir le plan Pauvreté, qui avait déjà été repoussé.

Fini, donc, les petits devoirs de vacances, le problème de la rentrée ne s’énonce pas comme un jeu d’été : comment réussir, avec des chiffres en berne, à tenir, en même temps, les promesses en faveur des ménages aux fins de mois difficiles et les engagements de limitation de déficit claironnés à Bruxelles ?

Ce problème crucial, quelle que soit la solution préconisée pour le résoudre, va, bien sûr, fournir à l’opposition quelques angles d’attaque faciles pour ses universités d’été ou ce qui en tient lieu, et surtout pour la suite.

  • Si l’exécutif laisse filer plus qu’annoncé les déficits ou augmente les impôts, la droite trouvera de quoi cogner.
  • Si ce sont les dépenses publiques qui sont encore réduites, la gauche ne manquera pas de trouver des arguments.
  • Si, comme prévu, il s’agit, « sans changer de cap », de multiplier les effets d’annonce de réformes pour faire oublier les difficultés, tous les camps essaieront de cogner en même temps.
  • Sauf que les partis en question sont loin d’être flamboyants. Tous sont cabossés par les divisions, les rivalités ou les problèmes d’argent. Jupiter, dont l’action n’est pas étrangère à cette déshérence de l’opposition, pourrait évidemment se réjouir d’un tel cabossage des partis. Mais le sien aussi est mal en point.

Même s’il n’a pas de problèmes de division ou de financement, le parti présidentiel en a d’autres. Il ne pourra pas, ainsi, se pencher sur cette équation budgétaire compliquée à son université d’été. Il n’y aura pas d’université, ni aucune sorte de rassemblement des troupes LRM. Ces dernières sont très dispersées, et, dans l’ombre de leur grand homme vertical, elles persistent à avoir du mal à exister, collectivement […]


Erik Emptaz – Extrait de l’Édito du « Canard Enchainé » du 22 aout 2018