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Laisse sonner c’est encore de la pub !

Un siècle sépare l’apparition du téléphone et l’ère du smartphone. Si au début il fallait apprendre à répondre au téléphone, de nouveaux codes sociaux ont émergé dans l’intervalle. The Atlantic revient sur cette évolution.

Le téléphone a fait irruption dans la vie […] au début du XXsiècle. […]. Mais les abonnés ont fini par apprendre à manier cet instrument et toute une culture s’est construite autour de l’appareil. […]. Le docteur a eu le téléphone et donc le pharmacien a suivi. Lentement mais sûrement tout le monde a fini par être raccordé au réseau téléphonique. Et une fois que ce fut le cas – pendant mon enfance –, ces coutumes sociales devinrent indissociables de cet objet technique brut. Le combiné, le cordon en spirale connecté à la base, et les fils téléphoniques qui traversent tout le pays, se retrouvent dans des grands commutateurs et se ramifient pour repartir vers d’autres villes, d’autres quartiers, d’autres maisons.

La culture du téléphone

Et dès que le téléphone sonnait, il fallait répondre. C’était un impératif absolu. Avant, quand l’affichage du numéro entrant ou même la touche rappel n’existaient pas, si vous n’aviez pas décroché, vous étiez cuit. Il fallait attendre qu’on vous rappelle. Et vous étiez alors saisi par l’angoisse : et si cette personne avait quelque chose de vraiment urgent à demander ou à dire ? Rater un appel était une catastrophe. Alors il fallait courir répondre au téléphone. Ne pas répondre, c’était un peu comme ne pas bouger quand quelqu’un frappe à la porte. […]

Aujourd’hui plus personne ne répond au téléphone.

Même les entreprises font tout pour ne pas avoir à décrocher. Sur la cinquantaine d’appels que j’ai reçus le mois dernier, j’ai peut-être répondu 4 ou 5 fois. Le réflexe de répondre – si profondément ancré chez ceux qui ont grandi avec la culture téléphonique du XXsiècle – a disparu.

[…] De nombreuses raisons expliquent la lente érosion de ces valeurs communes. L’aspect le plus important est structurel : il y a tout simplement de [multiples] possibilités de communiquer.

Les messageries instantanées et leurs infinies déclinaisons multimédias sont inépuisables : des mots mélangés à des émojis, des Bitmojis, des gifs, des bonnes vieilles photos, des vidéos, des liens. S’envoyer des messages est à la fois amusant, légèrement désynchronisé, et on peut le faire avec plusieurs personnes en même temps. C’est presque aussi instantané qu’un coup de fil mais pas tout à fait. Tout le monde a un compte Facebook, Twitter, Slack au boulot, des courriels, des Facetime avec des membres de sa famille. Autant de petites notifications qui ont rendu la sonnerie du téléphone obsolète.

Mais ces deux dernières années, une autre raison explique la flemme de décrocher. Environ 80 à 90 % des appels reçus sont des appels publicitaires. […]

L’erreur de décrocher

La commission des communications fédérales (CNIL en France) essaye de ralentir le développement des appels robotisés depuis au moins 50 ans mais c’est toujours un raz-de-marée.

Les centres d’appels ont été les premiers à s’appuyer sur le fait que personne ne voulait rater un appel. Mais les opérateurs […] se lassent vite de ces petits boulots ennuyeux et répétitifs. Ils finissent par démissionner et il faut en former d’autres.

Alors que les machines – les logiciels capables de composer des numéros de téléphone – coûtent moins cher. Elles ne se font pas porter pâles après une cuite, elles […] n’ont pas d’enfant malade. Elles ne font qu’appeler toute la journée, encore et encore, sans jamais s’arrêter. Souvent quand je fais l’erreur de décrocher, il y a un silence, quelques secondes, le temps qu’un humain prenne le relais, ou parfois si je ne dis rien, la machine finit par raccrocher. Parfois c’est un message enregistré. Mais le pire, c’est de savoir qu’à chaque fois que je décroche, je communique une info précieuse (que ma ligne fonctionne et qu’il y a quelqu’un au bout du fil). Et que cette info sera rapidement revendue.

Il y a eu 3,4 milliards d’appels de ce genre le mois dernier (Au USA, combien en France ?). Alors faites comme moi : ne décrochez plus.


Alexis C. Madrigal – Courier international – Titre original «  Why No One Answers Their Phone Anymore » – Titre Français « Pourquoi personne ne répond plus au téléphone » – Source