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Des enfants gâtés aux caprices parfois insupportables !

C’est ainsi que Philippe Chanclu, organisateur de concerts de jazz et de musiques du monde à Langres (Haute-Marne), voit une partie d’entre eux. Pour les accueillir, il doit satisfaire à certaines exigences délirantes.

Dernière diva rencontrée : Dhafer Youssef, l’un des plus grands joueurs au monde d’oud (luth arabe), qui réclamait une suite dans un hôtel cinq étoiles. « Déjà, par ici, en milieu rural, ça n’existe pas, les hôtels cinq étoiles, explique le programmateur, en colère. Mais, lorsque j’ai demandé pourquoi il voulait une suite pour lui tout seul, son tourneur (organisateur de tournées) m’a répondu : « C’est pour faire respirer son instrument » ! »

Les thés très chauds d’Arielle

Parce qu’aucun hôtel de Langres ne convenait à un groupe de rock, Philippe Chanclu se souvient d’avoir été obligé de loger ses membres à Dijon, la grande ville la plus proche, située à 65 km : « On a dû faire les allers-retours ! » Et d’ajouter : « Quand le chanteur Christophe est venu, il a fallu louer un piano à queue (1 500 euros) qui n’a servi que pour une chanson. Et je ne vous parle pas des bouteilles de vin de grandes maisons ou de whisky hors de prix qu’il faut prévoir dans les loges. Dans le milieu, Aznavour a la réputation d’avoir ainsi rempli sa cave avec des grands bordeaux. »

Accessible sur le site Internet de son tourneur, la « fiche d’hospitalité (sic) » concernant Arielle Dombasle, ses musiciens et ses techniciens (neuf personnes au total) prévoit deux loges, dont une pour la chanteuse. Pour ses collations, elle doit disposer d’une sélection de thés comprenant « obligatoirement du thé fumé », mais aussi « un assortiment de jus de fruits frais (gingembre, citron, orange), du Coca-Cola, 12 petites bouteilles d’eau, 12 bouteilles, 1 canettes de bière, 2 bouteilles de vin rouge de très bonne qualité, 2 bouteilles de vin blanc (au frais) de très bonne qualité, 1 bouteille de whisky de qualité, 1 bouteille de champagne ».

Buvette, croquettes et chaussettes

Ça donne soif, les concerts ! Quant au dîner (végétarien pour Arielle Dombasle), il doit être pris «à la salle ou dans un bon restaurant proche de la salle ou de l’hôtel (accessible à pied) ». Sinon, le « défraiement » est de 35 euros par personne et 9 chambres doivent être retenues dans « un trois-étoiles minimum ».

Chargée de l’accueil des groupes dans un festival cet été, une régisseuse énumère quelques exigences singulières, voire saugrenues : « Cette année, outre la demande des hôtels cinq étoiles, qui est devenue banale, nous avons une artiste qui ne veut pas de frigo dans sa loge à cause des ondes qu’il peut émettre. Il faut nettoyer sa loge avant sa venue au vinaigre blanc et, surtout, ne pas utiliser de détergent chimique. Un autre nous demande une caisse pour transporter un chat et les croquettes en conséquence. Un groupe réclame un minibus pour convoyer certains musiciens et les techniciens, plus une voiture de grand standing pour la  » star » et trois autres personnes… »

Faire le « dildo » rond

Il y a même des groupes qui demandent aux programmateurs des slips et des chaussettes ! Pour les jeter après le concert et ne pas avoir à les laver…

Organisateur de concerts en Haute-Savoie, notamment au sein du festival Musiques en stock, à Cluses, Christian Lacroix se souvient d’avoir découvert une demande exotique dans la fiche technique de Tricky, un ex-membre de Massive Attack ayant poursuivi sa carrière avec un groupe électro : la fourniture d’un dildo pour l’un des musiciens.

« J’ai appris que c’était un godemiché, en anglais ! rigole-t-il, quelques années plus tard. On lui a fabriqué un dildo en aluminium bien poli, avec le nom et la date du festival gravés dessus. Dans les loges, ils étaient tous morts de rire ! » Et de préciser : « Souvent, ils marquent des conneries sur les fiches techniques pour savoir si les organisateurs les lisent… »

À l’écart de la plèbe

C’est ainsi que, dans les années 80, le groupe de hard-rock Van Halen exigeait d’avoir dans les loges des bonbons M&M’s, mais aucun de cou­leur marron… S’il y en avait, c’était le signe d’une négligence des organisateurs et de dysfonctionnement du show. Dans ses mémoires, le chanteur raconte qu’un jour il a détruit sa loge après en avoir trouvé un… Et les autres « friandises » ? « On n’a plus de demande de drogue. Aujourd’hui, dans le rock, les gars sont plus clean que dans le sport », assure Christian Lacroix. Idéaliste !

Parce qu’ils ont besoin de têtes d’affiche, les programmateurs cèdent souvent sur certaines lubies. Certains font même de la surenchère. Ainsi, le directeur du Festival Beau-regard, en Normandie, met en avant l’attrait du château situé dans le parc où a lieu son festival. « Deux très belles loges de 80 m2 » y sont aménagées avec, dans l’une d’elles, un flipper installé pour le groupe anglais Depeche Mode (France Inter, 9/7) !

Jérôme Canard – Le canard enchainé – Mercredi 08 aout 2018