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Bien qu’elle semble constituer un épisode isolé, l’affaire Benalla, qui devient de plus en plus l’affaire Macron, suscite diverses réflexions sur le modèle démocratique et sur le contrôle du pouvoir.

Les faits principaux sont assez simples : un jeune homme, jusque-là inconnu, œuvre comme « conseiller en sécurité » du président de la République sans avoir reçu – semble-t-il – de formation spécifique.

Il escorte et accompagne le chef de l’Etat en toutes circonstances. En échange de ce service, il obtient avec une rapidité incroyable des privilèges féodaux : un grade militaire disproportionné (il est fait lieutenant-colonel à l’âge de 26 ans), un appartement de fonction dépendant du palais de l’Elysée, un salaire important, une voiture avec chauffeur et… les insignes de la police (usurpés, puisqu’il n’est pas policier). Il les endosse pour s’adonner à une sorte de hobby sinistre : se déguiser en agent et cogner, à loisir, des manifestants du 1er-Mai.

Or, cette montagne d’abus n’a pas été découverte par le président, que cet homme accompagne pourtant partout, à un mètre de distance, et qui ne peut donc pas ne pas le connaître. C’est Le Monde qui a révélé l’affaire, le mercredi 18 juillet, en réunissant des preuves accablantes.

Le président, en revanche, attend le 20 juillet pour licencier le jeune homme et se contente d’annoncer, dans un premier temps, que « les coupables seront punis ».

Quand il se décide enfin à parler, il commet une erreur monumentale : il introduit, dans le discours public, la question explosive des préférences sexuelles du chef de l’Etat, laissant ainsi libre cours à une discussion dont la conclusion est imprévisible. Comme si cela ne suffisait pas, il défie l’opinion publique (« qu’ils viennent me chercher ! »).

[…] Mais, de ce dossier, on peut d’ores et déjà tirer certaines leçons politiques d’ensemble.

Demandons-nous, tout d’abord,

Ce que valent réellement les promesses de renouveau en politique. […] Le président ne donne pas vraiment l’impression d’aimer le peuple, mais plutôt de tenir au petit cercle formé par ses adeptes qui lui permet de gouverner à sa manière, c’est-à-dire d’agir (comme l’a fait remarquer Le Monde du 21 juillet 2018) « en mode commando » : rapide, omniprésent et sans trop faire dans la dentelle.

[…] aucune démocratie n’est exempte d’un certain degré de mépris envers les gouvernés, que celui-ci vienne des gouvernants eux-mêmes ou du petit cercle de ceux qui les entourent […]. Cela ne découle pas directement de la démocratie, mais plutôt du fait que celle-ci est nécessairement régie par des êtres humains.

Moralité numéro deux

Il faut se méfier des théoriciens de la démocratie directe, surtout dans une époque d’antipolitique. Cette démocratie-là n’est qu’une chimère. […]

Tout cela est-il acceptable ?

Evidemment non. Et cela l’est encore moins de la part d’un homme qui avait promis un monde nouveau. […]


Linguiste et essayiste italien, Raffaele Simone a notamment publié « Si la démocratie fait faillite » (Gallimard, 2016), Prix du livre européen 2017. Article paru dans « Le Monde » – Titre original « Raffaele Simone : « Le président ne donne pas l’impression d’aimer le peuple » » – Source (Extrait)