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C’est fait : il y a donc deux étoiles sur le maillot des joueurs de l’équipe de France de football. [Au passage, un maillot qui sera vendu hors de prix … mais qui garnira en grande partie l’armoire de nombre de gens dans la précarité – si ce n’est dans la pauvreté. MC]

Les Bleus ont gagné la Coupe du monde, en dominant tous leurs adversaires, de l’Argentine de Leo Messi à la Croatie de Luka Modric, en passant par la Belgique d’Eden Hazard. Ils s’appellent Paul Pogba, Hugo Lloris, Antoine Griezmann, Blaise Matuidi, Raphaël Varane, N’Golo Kanté ou encore Kylian Mbappé, et ensemble, sous l’impulsion de Didier Deschamps, ils sont allés chercher le trophée comme leurs aînés de 1998, avec détermination, courage, solidarité, classe et élégance.

Vingt ans après le premier triomphe des Bleus, ils ont, comme leurs aînés encore, entendu resurgir les clichés has been et habituels qui peuplent ce genre de moments de communion nationale : avec toujours en tête la victoire de la “diversité”, voire de la “mixité”. Absurde, ridicule, d’un autre âge, sordide.

Lorsqu’on voit Pogba, Griezmann et les autres lancer “Vive la République” le sourire jusqu’aux oreilles de la même façon qu’ils dansent ensemble sur du ndombolo, on imagine bien comment ce genre d’analyse peut les atteindre, les concerner. Ce qu’a prouvé cette équipe, très jeune, très cool, très moderne, qui ne s’est certainement jamais pensée comme un substrat de la société française, c’est que la jeunesse de France, dont ils font partie, vit désormais bien loin de ce genre de considérations stupides, tout juste bonnes à alimenter une chronique de Finkielkraut ou une émission de Pascal Praud. Mettre des mots comme “mixité” ou “diversité” sur la victoire de ces 23 types, c’est ignorer la vitesse à laquelle notre pays progresse, loin des discours moyenâgeux ou réactionnaires qui divisent ou favorisent les extrêmes.

Quand la France s’enlise sur la question des “migrants”, ces jeunes gens – dont les parents de certains, à leur arrivée,  étaient encore appelés “réfugiés” – avancent à la vitesse de la lumière, prenant de court toute forme de récupération politique possible – les candidats seront légion. A l’abri des longues tirades, on laissera la conclusion, sublime et espiègle, à ce génie de Paul Pogba : “ Nous, on a écrit notre nom avec un p’tit stylo.”


Edito de Pierre Siankowski – Les Inrocks – Titre original « Etoiles » – Source