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Comment aurions-nous pu passer au travers de la déferlante info, celle qui a supplanté la fête nationale, l’a fait passer en second … que dis-je … reléguer en dernière ligne.

Un 14 juillet dégradé dans l’ordre d’intérêt médiatique … et même d’ailleurs a-t-il été fêté, nous pourrions presque en douter !

Et maintenant que vais-je faire, chantait Bécaud

Rapide coup d’œil sur la presse :

« N’attendons pas de la victoire qu’elle change la société » Titre dans « Le Monde » – Signé Pap Ndiaye

Les victoires sportives ne procurent que des moments brefs de fraternité, certes précieux et mémorables, mais qui n’ont aucun effet durable sur les sociétés. Il est même possible qu’elles accroissent le ressentiment et l’amertume : les espoirs suscités par une grande victoire suscitent, s’ils ne se matérialisent pas, une amertume plus grande qu’en cas de défaite. Les effusions de joie ne forment pas des communautés politiques. Deux croyances très présentes Au-delà de la finale tant attendue, deux croyances demeurent très présentes à propos du football : la première est qu’il serait intrinsèquement porteur de  » valeurs  » particulières de fraternité, de tolérance, de respect. Or le sport a pu servir des régimes politiques bien éloignés de ces valeurs démocratiques.

La thérapie collective des foules en liesse – Titre dans « Le Monde » –Signé Stéphane Beaud-Frédéric Rasera

Il est certes trop tôt pour établir un véritable diagnostic sociologique, mais pas impossible de proposer une mise en perspective sociologique de cette  » campagne de Russie  » des Bleus. L’équipe de France de football revient de loin. Son image dans l’opinion s’était dégradée d’une manière qui a paru irréversible après la fameuse  » grève du bus  » en Afrique du Sud (2010). Une blessure nationale qui a mis du temps à cicatriser. Les Bleus ont longtemps subi un traitement à charge : on mettait en question leur légitimité à porter le maillot national, à représenter le pays. Le soupçon sans cesse instillé était celui de leur non-appartenance au  » nous  » national et, par extension, celui de l’illégitimité des jeunes issus de l’immigration à prendre place dans la société française. Un basculement semble s’être produit lors de la victoire contre l’Ukraine, qualificative pour la Coupe du monde au Brésil (2014). Ce jour-là, il y avait un véritable engouement populaire au Stade de France et, comme l’a dit Guy Stéphan, l’entraîneur adjoint, la communion observée entre le public du Stade de France et les Bleus avait le sens d’une  » réconciliation « . Les joueurs français issus de l’immigration africaine ont tenu un rôle de premier plan dans ce processus, par leurs performances (2 buts de Mamadou Sakho), mais également par la démonstration de leur joie signifiant publiquement leur fierté d’être français. Pour de nombreux supporteurs du  » 9-3  » qui avaient senti qu’à travers les commentaires malveillants sur les Bleus se formait une disqualification des joueurs de banlieue, ce match contre l’Ukraine a pu offrir un espoir de réhabilitation. Sur le plan sportif, l’arrivée de cette jeune équipe en finale consacre l’excellence de la formation française. Celle-ci ne se réduit pas aux seuls centres de formation (15-18 ans) des clubs professionnels, mais résulte aussi du travail de longue haleine mené dans les équipes de jeunes des clubs amateurs dits  » formateurs « .

Le triomphe de l’exigence, titre dans « Le Figaro » -signé Yves Thréard

À mille lieues de la tentation égalitariste qui envahit notre société, ces virtuoses ont d’abord été sélectionnés pour la qualité de leur travail, leur talent, leur intelligence tactique. Ils ont été détectés dès leur plus jeune âge, avant d’être formés puis élevés dans la culture de la gagne. Leur succès est donc celui d’une éducation d’excellence à la française, qu’il est donc encore possible de transmettre. […]. Si cette Coupe du monde doit avoir une portée exemplaire, c’est ici qu’il faut la chercher. On aimerait voir le modèle transposé en tous domaines, à tous les enfants, sur tout le territoire. On souhaiterait que cet état d’esprit, volontaire, exigeant, élitiste même, se diffuse dans l’ensemble de la population. […]

Principe d’unité – Titre dans « La Croix », signé François Ernenwein

Ils l’ont fait. Vingt ans après 1998. Dans un mélange de détermination (tardive), d’organisation (millimétrée), de (jeunes) talents rassemblés dans un élan incomparable pour balayer les écueils qui guettent souvent les favoris, nourris de cette arrogance rarement absente de l’esprit français. Mais sous la houlette magistrale de Didier Deschamps, les 23 Bleus ont su conjurer tous ces pièges pour l’emporter en finale. Et c’est bien ce qui compte au-delà de la beauté du geste. « Une Coupe du monde est réussie quand elle est gagnée », leur avait expliqué un expert en victoire, Emmanuel Macron, lors d’une visite à Clairefontaine. Au-delà de l’exploit sportif qu’il ne faudra surtout pas minorer, la sélection française a insufflé au pays, par mimétisme, une dose d’énergie et de confiance en soi, une assurance acquise ensemble qui parfois lui manquent

Chants, échange de maillots et un peu de philo : les politiques à l’heure de France-Croatie, – Titre dans « Le Parisien », signé Clement Polyn

Dans l’effervescence des dernières heures d’attente, les politiques français y vont aussi de leurs encouragements pour les Bleus. A commencer par le président Emmanuel Macron, qui a fait parler la foule avec lui cet après-midi. Quelques députés réunis devant l’Assemblée nationale vendredi ont également hissé le drapeau, une initiative qui a déjà fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux. D’autres hommes politiques ont profité de la vidéo pour faire passer leur message. A commencer par Jean-Luc Mélenchon, philosophant sur l’impact du foot, qu’on apprécie ce sport ou non. Le président de l’Assemblée nationale François de Rugy a également souhaité soutenir les Bleus, tout en sobriété.

Mondial. Les Bleus champions du monde en suivant leur bonne étoile – Titre dans « L’Humanité » – Signé Stéphane Guérard

Ce succès dessine ainsi une sorte de constance du foot français au très haut niveau (finale de Mondial en 1998, 2006 et 2018, finale à l’Euro 2016), que l’histoire du bus de Knysna en 2010 nous avait masquée. Il laisse entrevoir des lendemains qui chantent avec l’éclosion de cette nouvelle génération appelée à régner. Et il hisse tout en haut du panthéon Didier Deschamps. Celui qu’on ne pourra plus jamais appeler « la Desch » est devenu l’égal du Brésilien Mario Zagallo et de l’Allemand Franz Beckenbauer, jusqu’alors les deux seuls champions du monde en tant que joueurs et sélectionneurs.

Ce n’est pas un hasard si les Français ont peiné face aux Croates. Puisque le foot est affaire de statistiques, la jeune équipe tricolore avait face à elle l’une des plus expérimentées (671 sélections). Puisque le ballon rond est affaire de meneur d’hommes, les Croates en disposaient d’un avec Zlatko Dalic, sorte de Deschamps bis capable de virer une forte tête pour réaliser un amalgame d’incroyables talents qui, question pedigree, n’ont rien à envier à leurs adversaires du jour. Et puisque le foot est question de talents, ceux de Modric, Perisic et Mandzukic et Rakitic ont à nouveau fait merveille.

De la victoire d’hier est née une nouvelle mythologie sportive. Le lustrage d’avant match de la moustache de Rami par Griezmann a remplacé le bisou de Blanc sur le crâne de Barthez. Deschamps a agrandi les pas laissés par Aimé Jacquet. Les « Griezou » éteignent les « Zizou ». Et les enchaînements de Mbappé font passer la légende bleue des archives de l’INA aux vidéos YouTube. Avec cette deuxième étoile, le 14 juillet du foot français ne tombe plus un 12, mais un 15.