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Faut-il, lui souhaiter, d’être suivi par ses affidées. Ou faut-il se poser la question de savoir ce que deviendront les promesses. Seront–elles de vrais fausses avancées dont, comme d’autres dirigeants avant lui ont usées pour abuser la population ?  MC

… [Un discours prolixe] comme s’il fallait conjurer par l’abondance des mots les critiques et les déceptions exprimées dans le pays.

… [Macron agit] comme si il n’y avait plus de Premier ministre, puisqu’on a assisté au double développement d’un plaidoyer touffu sur l’action passée et d’une description détaillée de la politique à venir, habituellement dévolues au chef du gouvernement. Un chef réduit au rôle ingrat d’exécutant transparent du plan tombé de l’Olympe. «Je suis humble», dit le Président. On pense au mot de Sacha Guitry : «En matière de modestie, je suis imbattable.» […]

Macron [soutient qu’il] n’est pas le « président des riches », dit-il, mais celui qui veut mettre fin aux « inégalités de destin ».

Louable volonté […] qui peut se plaindre qu’on tente d’arracher chacun à l’assignation sociale née de son origine, de favoriser la mobilité sociale, de « réparer l’ascenseur social ». […]

Problème : tout le monde ne peut pas être « premier de cordée », […] Place à la compétition, à la concurrence, à la course implacable vers le sommet, du moment que tous soient sur la même ligne de départ. Libéralisme contre social-démocratie : on n’en sort pas


Laurent Joffrin, Libération – Titre original : « La fausse humilité de l’entêté de Versailles » – Source (Extrait)


Gravure de modeste

Choisir les ors imposants et majestueux du château de Versailles pour proclamer « Je suis humble » peut évidemment sembler un rien décalé et gonflé ! Mais pas pour notre jupitérien président, qui a érigé en système la petite schizophrénie du « en même temps ». C’est ainsi que, sans peur, sans clim et longuement, il s’est, devant le Congrès réuni chez le Roi-Soleil, félicité des « chantiers, d’une ampleur jamais vue », engagés depuis son arrivée, tout en réaffirmant son « humilité ».

Et c’est sur le même mode qu’en une heure et demie à la tribune il a alterné autosatisfaction et componction pour tenter d’en finir avec les reproches d’arrogance de plus en plus récurrents qui commencent à lui ternir l’image et les sondages.

Parlant de lui à la troisième personne, il a concédé, la main sur le coeur : « Le président de la République ne peut pas tout, le président de la République ne réussit pas tout. Je le sais. » Mais, malgré cet élan de modestie, ceux qui voient en lui le « président des riches » le savent aussi. Et ils le déplorent d’autant plus que ce n’est pas ce beau discours qui risque de les faire changer d’avis. […]


Erik Emptaz – Le Canard Enchainé –  juil 2018