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[…] « Les retraites représentent aujourd’hui 14 % du PIB. Pouvez-vous m’assurer qu’elles auront la même proportion dans trente ans ? » a demandé un syndicaliste à Jean-Paul Delevoye lors de l’une des séances de consultation coordonnées par le haut-commissaire chargé de la réforme des retraites. Ayant scruté le ciel, puis ses chaussures, Delevoye a finalement admis ne pas pouvoir répondre à la question… Ce qui constituait en soi une réponse.

Car, à l’arrivée, la réforme ne se résumera pas à un alignement des 42 régimes actuels dans un système unique ; elle devra aussi générer des économies.

Ce qui se déroule dans les coulisses ne va pas forcément rassurer les syndicats et les organisations patronales adeptes d’une partition rigoureuse entre le social et l’État.

Dessin de Aurel pour le Canard Enchainé du 04-07-2018

Ainsi le haut fonctionnaire Christian Charpy planche-t-il en secret sur l’intégration de la loi de financement de la Sécurité sociale dans la loi de finances de l’État.

En clair : la Sécu deviendrait une ligne budgétaire.

[Une ligne budgétaire qui deviendrait fluctuante comme l’est tous budgets … militaires, enseignements, services publiques,  etc… MC]

Au passage, les retraites complémentaires du régime Agirc-Arrco regroupant les salariés du privé seraient intégrées dans les comptes de la Sécu. Or elles ont actuellement un statut d’associations indépendantes. Peut-on mélanger ces carottes et ces navets ? […]

Ce n’est pas tout.

Amélie Verdier, la directrice du Budget à Bercy, ne cesse de plaider pour une unification des budgets publics. Cette ancienne de la promotion Senghor de l’ENA (comme Macron) affirme que la France embrouille ses amis de Bruxelles avec ses budgets de l’État, des collectivités locales et de la Sécu.

Jusqu’à présent, la Cour des comptes garantissait l’étanchéité des frontières entre les régimes sociaux. Mais un nouveau pas a été franchi par la loi de programmation des finances publiques pour la période 2018-2022, adoptée le 22 janvier.

Une disposition, passée totalement inaperçue, prescrit… 30 milliards d’économies de dépenses sociales durant cette période afin de combler une partie du déficit de l’État. Une annexe précise que la branche des retraites participera à l’effort !

Au total, les administrateurs patronaux et syndicaux des caisses de retraite – pour une fois unis – voient poindre un scénario d’horreur : le régime unique annoncé par Macron prendrait les traits d’un système étatisé dont les dépenses évolueraient en fonction des objectifs gouvernementaux, et non plus des besoins sociaux.

Mieux, il se traduirait par un fric-frac sur les 165 milliards de réserves amassées par les caisses de retraite (dont 70 pour les Agirc-Arrco, qui ont « gelé » les revalorisations pendant plusieurs années) pour faire face à des perspectives sombres.

Ce braquage [s’il se mettait en place] ferait baisser la dette publique de 7 %.

[Or,] « Cet argent appartient aux retraités. Nous sommes prêts à aller devant le Conseil constitutionnel » menace l’un des refuzniks. […].


Alain Guédé – Le Canard Enchainé – Mercredi 04 juillet 2018 – Source (Extrait)