Étiquettes

La Macronie se serait-elle infiltrée dans les couloirs des loges ?

Au grand orient de France, la castagne commence à dégénérer. Les frères vont élire leurs chefs à plumes le 29 août, et, pour la première fois, un frère de droite pourrait diriger cette obédience située à gauche depuis deux siècles. Voici le récit, évidemment historique, d’une baston, à coups de compas et d’équerre, chez les frangins.

En août 2017, le convent – l’assemblée générale de l’association – ratifie une décision prise à une très large majorité (81,5 %) l’année précédente : l’augmentation de 35 à 37 du nombre des conseillers de l’ordre (l’exécutif du Grand Orient). Objectif de la réforme : donner plus de poids aux régions où les frères sont le plus nombreux. Le convent précise que l’un des deux petits nouveaux sera issu de la région 14, soit une partie des loges parisiennes plus celles de l’Europe de l’Est.

Au début de 2018, le conseil de l’ordre passe pourtant outre. Il lance une consultation de l’ensemble des loges, leur demandant quels sont leurs besoins en matière de représentation. Et décide, à la fin mars, que l’un des nouveaux conseillers viendra de la région 15, soit l’Italie plus la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le 28 avril, les frères frôlent le schisme ! Lors d’une réunion de délégués régionaux, le pré­sident de la région 14 dénonce « une forfaiture », parle de « déshonneur ». L’actuel grand maître, Philippe Foussier, suivi de ses fidèles, quitte alors la réunion, avant d’être rattrapé par le tablier…

Profonde fraternité

Depuis, les frangins s’écharpent à coups de « recours devant la justice maçonnique », s’invectivent sur les réseaux sociaux et s’échangent des courriers peu amènes. Le 15 juin, Foussier, le grand maître, a reçu une lettre signée de six de ses prédécesseurs lui rappelant quelques «principes démocratiques » et lui demandant de revenir à la sagesse et à la raison ». Mon Dieu !

Derrière ces débats parfois ésotériques se cache évidemment une lutte pour la prise de pouvoir. Ex-grand maître, Daniel Keller est issu de la région 14. Président des anciens élèves de l’ENA, se définissant lui-même comme « un électeur de gauche », il espère revenir aux affaires en obtenant un siège de plus au conseil de l’ordre. Ses adversaires le savent. Ils se sont déjà choisi un candidat : Jean-Philippe Hubsch. Courtier en assurances, ce Mosellan a fait ses premières armes aux côtés de Gérard Léonard, député RPR de Meurthe-et-Moselle aujour­d’hui décédé. Puis il a présidé les Jeunes du RPR dans son département.

Et dire que tous ces braves gens vont se retrouver, le 30 juin, pour lancer publiquement un « appel à la fraternité »… Et ce n’est même pas une blague !


Article non signé lu dans le « Canard Enchainé » mercredi 20 juin 2018