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En arrivant, le 5 juin, à la réunion du groupe parlementaire LRM, Edouard Philippe n’affiche pas sa décontraction habituelle. Il a le visage fermé de celui qui en a gros sur la patate.

Dessin Aurel – Canard enchainé 13 juin 2018

Il vient d’entendre, dans sa voiture, la charge de la députée Frédérique Dumas, sur France Inter, contre le projet de réforme de l’audiovisuel de Françoise Nyssen.

« Ce sont les députés de la majorité qui font émerger eux-mêmes des problèmes, martèle-t-il devant les Marcheurs. Ils dévalorisent le travail que font cette majorité et le gouvernement ».

Et Philippe de continuer à fusiller Frédérique Dumas « Ce n’est pas possible d’avoir des députés qui ont des réunions avec le Premier ministre, qui n’y disent rien et qui, le lendemain, vont étaler dans les médias leur opposition à une réforme ».

Toujours très remonté, Philippe s’écrie, à l’intention des députés proches de Hulot :

« A force de se focaliser sur des points particuliers, on oublie l’essentiel des textes ! Comme sur le glyphosate, où il faut quand même être fort pour en arriver là !  Le Président a obtenu que l’interdiction du glyphosate intervienne dans cinq ans et non pas dans quinze ans, comme le voulait Bruxelles. Il a pris ensuite l’engagement qu’en France on ferait mieux, c’est-à-dire que son usage serait interdit dans trois ans. Et voilà qu’on trouve le moyen de lui faire une fausse querelle sur le fait qu’on inscrive ou pas les trois ans dans la loi. »

Autre salve du Premier ministre : il canonne, cette fois, la députée Marcheuse Aurore Bergé et ses amis, qui se sont montrés très offensifs lors de la discussion sur la loi Elan « C’est aux députés de se mettre d’accord en amont avec les ministres, plutôt que de débouler en séances avec des dizaines d’amendements ».

A la surprise générale, l’ancien Premier ministre Manuel Valls, apparenté au groupe macroniste, se lance dans un réquisitoire en mode frondeur.

« On aimerait comprendre le sens de l’action dans les banlieues ! S’exclame-t-il. On n’a pas tout compris. (…) Nous ne parlons pas assez de l’Europe et des vagues migratoires, qui vont être le gros sujet à traiter (…). Sur la laïcité, on ne voit pas très clair (…). La politique économique est portée par des ministres techniques, et les Français ont du mal à en percevoir le sens ».

Stoïque, Edouard Philippe reste silencieux. C’est au tour de la députée Marjolaine Meynier­ Millefert de s’énerver : « Il faut expliquer le sens de ce que l’on fait, et mieux que ne le fait le gouvernement (…). Il y a beaucoup de réformes qui se superposent sans qu’on en donne le sens politique ».

Philippe reprend la parole : « C’est l’affaire de tous, du gouvernement autant que de la majorité. Il faut jouer davantage collectif et faire preuve de solidarité entre nous, car, si on la joue perso, on n’arrivera pas à expliquer ce que l’on fait. Pour donner du sens, il faut d’abord que les députés eux-mêmes fassent le boulot et ne se perdent pas dans des déclarations ».

Approbation de la députée Amélie de Montchalin : « Si on veut donner du sens à notre action, la moindre des choses serait déjà de ne pas tirer contre notre camp ». Puis, citant la déclaration du député Sacha Houlié dans « Le Monde », qui y affirme :

« Pour l’instant, on a perdu le combat sur le pouvoir d’achat »», la même Montchalin s’enflamme : « C’est avec ce genre de déclaration qu’on se tire une balle dans le pied ! ».

Applaudissements.

Le Premier ministre conclut :

« Emmanuel Macron a gagné la présidentielle parce qu’il a un talent fou, parce qu’il a proposé un programme de rupture et parce qu’il a compris le besoin de transformation de la politique française. Mais il a aussi gagné parce qu’il a cette capacité à avoir en permanence le ballon. En ce moment, l’enjeu, c’est de faire en sorte qu’on garde toujours le ballon. C’est-à-dire qu’on lance les débats plutôt que de les subir ».

Voilà un discours dont devrait s’inspirer Didier Deschamps pour mener les Bleus à la victoire : garder le ballon et marquer des buts sans en prendre.

Il suffisait d’y penser. Merci, Philippe !


Lu dans le Canard enchainé – Mercredi13 juin 2018


[Maintenant vous comprenez mieux, ça c’est sûr ! Enfin lorsque qu’un membre du gouvernement, un député ou mon libraire du coin, le marchand de légumes, comprendront que rien n’est fait pour la plus grande majorité des français mais pour l’intérêt de quelques actionnaires et grand argentiers internationaux … MC]