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La presse va mal. Si on ne le savait pas déjà, deux récentes expériences l’ont prouvé avec fracas.

En mars, le très attendu Ebdo, cesse sa publication après moins de trois mois d’existence et onze parutions. Le lendemain de l’annonce de cet échec, un autre hebdomadaire se lance, Vraiment. Ce dernier ne survivra que huit numéros avant d’être contraint de fermer boutique. Aucun des deux n’a réussi à atteindre les objectifs fixés pour parvenir à l’équilibre.

Dans sa chute, Ebdo a entraîné Rollin Publications, éditeur des prestigieuses revues XXI et 6 Mois. Si ces deux dernières vont être reprises, Ebdo devrait disparaître définitivement. Quant à Vraiment, il a été question, dans un premier temps, de le transposer sur le web ou en mensuel. Mais ce n’est plus d’actualité. […]

“99% de la population n’avait pas entendu parler de nous”

Contrairement à Ebdo, qui avait promis de « révolutionner le journalisme » en s’adressant « au grand public », Vraiment avait un objectif plus humble : offrir une information de qualité, fouillée et recoupée.

Le premier n’a clairement pas réussi son pari. Mais, comme en témoignent les retours qui en ont été faits, le second présentait effectivement une information qualitative, originale et diversifiée. « Ça n’a pas suffi, soupire Jules Lavie. Le problème est ailleurs. » Selon lui, Vraiment a pâti d’un manque de visibilité. « A mon avis, 99% de la population n’avait pas entendu parler de nous. » […]

« Le problème de la ligne éditoriale, c’est qu’il n’y en avait pas »

« Dans ce marché relativement saturé, il faut une ligne éditoriale claire, estime un sociologue. Sans coloration politique, sans ligne à laquelle un public peut s’identifier, c’est encore plus compliqué. » Selon nombre d’anciens d’Ebdo, c’est effectivement ce qui a coûté son existence au dernier venu de Rollin Publications. […]

Si les journalistes de Vraiment sont moins durs, ils font un constat similaire. « On avait un problème d’identité pas suffisamment claire dès le départ, estime Aude Lorriaux, l’une des premières à avoir rejoint l’aventure. Les gens ne savaient pas qui on était, ni ce qu’ils allaient trouver dans notre canard. Ça a joué sur notre visibilité. » […]

[…] La question du financement est évidemment primordiale.

Sans gros groupe de presse pour tuteur ou l’un des quelques milliardaires à la tête des médias, prêts à renflouer les caisses d’un titre déficitaire pour des raisons de mécénat, d’influence ou de logiques commerciales, compliqué de tenir la route. Selon Nicolas Kaciaf, à cela s’ajoute un problème structurel : « Une crise de la presse due à la prédation des recettes publicitaires par les Gafa », qui doit pousser à une redéfinition du modèle économique.

De l’argent, Ebdo en a eu pendant un temps. Mais plusieurs investisseurs ont lâché l’hebdomadaire, sentant le désastre industriel se profiler à l’horizon. Quant à Vraiment, la mise de départ était trop faible et les recettes publicitaires ne représentaient qu’une faible part des revenus du magazine. […]


Pierre Bafoil, Les Inrocks – Titre original : « “Ebdo” et “Vraiment” : les enseignements d’un échec » – Source (Extrait)