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En off, plusieurs députés marcheurs (LR-EM), venus de la gauche, appellent à un remaniement ou à un virage social de l’exécutif. Certains espèrent créer un nouveau groupe pour peser à l’Assemblée face à l’avalanche de mesures libérales et anti-environnementales.

« Entre les godilles et la fronde, il y a un chemin que l’on a tracé depuis le début qui est la coconstruction. » C’est par ces mots qu’Hervé Berville, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, tentait de minimiser la fracture de la majorité lors de l’examen de la loi asile et immigration, en février.

Au final, à peine quatorze députés marcheurs se sont abstenus et un seul avait voté contre : Jean-Michel Clément, député de la Vienne et ancien du PS. Depuis, on ne compte plus les voix dissonantes provenant des bancs de la majorité.

Ce week-end, Guillaume Gouffier-Cha, député LREM du Val-de-Marne, lui aussi ex-socialiste, a tenté par voie d’amendement d’empêcher la vente de HLM dans les zones où les objectifs de la loi SRU n’étaient pas respectés lors de l’examen du projet de loi Elan. La semaine dernière, c’est Erwan Balanant, son homologue (Modem) du Finistère, qui a ferraillé – en vain – pour mieux encadrer le pantouflage des hauts fonctionnaires dans le cadre du projet de loi sur l’avenir professionnel.

Près de 70 députés ont soutenu fin mai un amendement proposant l’interdiction de l’utilisation du glyphosate d’ici trois ans. Ils ont reçu une fin de non-recevoir de l’exécutif, bien aidé par le reste du groupe, bien plus docile. Ils ont été sévèrement pris à parti, mardi, par le premier ministre lors d’une réunion de groupe très remuante à l’Assemblée. N’en déplaise au bon élève de la Macronie Hervé Berville, il y a donc, chez LREM, les godilles, les godillots ET la fronde.

« La politique migratoire d’Hortefeux, la politique économique de Sarkozy »

Le vent de révolte provient surtout de députés venus du PS et d’Europe Écologie-les Verts, de plus en plus mal à l’aise avec la multiplication de réformes libérales. À la loi asile et immigration, qui s’est avérée bien plus dure que les paroles du candidat Macron sur le sujet, se sont ajoutés la baisse des APL, la baisse des emplois aidés, la suppression de l’impôt sur la fortune, l’abandon du plan Borloo, sans parler des déclarations récentes de Gérald Darmanin sur les aides sociales… Ce ne sont plus des couleuvres mais des boas constrictors qu’il faut désormais avaler. Au point qu’ils sont de plus en plus nombreux, en off, à réclamer un « virage social » du quinquennat.

« On fait peu de choses pour l’économie dans les territoires. Mais beaucoup pour alléger la fiscalité du CAC 40 », a confié cette semaine, en off, un député à un journaliste de France 2. […]

L’interview de Brigitte Bourguignon au Journal du dimanche, le 12 mai dernier, n’est pas passé inaperçu. Et pour cause. Cette ancienne du PS, présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée, a exigé d’en « faire plus pour ceux qui ont moins ». Si elle dit soutenir la politique menée pour « libérer l’économie et renforcer la compétitivité des entreprises », elle espère toujours voir aboutir le « grand projet social » évoqué par Emmanuel Macron. […]

Bientôt un huitième groupe au Palais Bourbon ?

Ils ne sont pas les seuls à s’organiser. La bataille autour du glyphosate a laissé de graves séquelles chez de nombreux députés écolos élus sous la bannière LREM, déçus de voir que le slogan « Make our planet great again » n’ait pas été suivi d’effets. […]

Déplorant que l’écologie politique ait du mal à peser dans l’Hémicycle, il évoque la création d’un huitième groupe à l’Assemblée pour défendre ces enjeux et renforcer au passage la position trop esseulée de Nicolas Hulot au gouvernement. Ils seraient une quinzaine de députés intéressés par l’aventure, en comptant certains radicaux non inscrits, comme Sylvia Pinel et Olivier Falorni, les députés nationalistes corses ou encore Jean-Michel Clément, premier frondeur du « nouveau monde ». La « dimension humaniste », la défense des « territoires » et « l’écologie » pourraient être les traits d’union de ce nouveau groupe, détaille François-Michel Lambert. Cet ensemble hétéroclite pourrait obtenir le renfort de Delphine Batho, qui vient de quitter le Parti socialiste pour prendre la tête de Génération écologie. À moins que cette menace vise à mettre la pression en vue d’un hypothétique remaniement gouvernemental. […]


Pierre Duquesne – L’Humanité – source (extrait)