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Port de l’uniforme, laïcité et interdiction du téléphone portable : cette semaine, Jean-Michel Blanquer a rouvert des débats populaires. En se positionnant sur ces questions, le ministre de l’éducation nationale affiche son autorité et sa fermeté. Et détourne les regards des points de discorde comme Parcoursup.

 […] Le ministre de l’éducation nationale était invité sur BFM-TV dimanche 3 juin, où il dit n’avoir  jamais caché qu’il souhaitait laisser la latitude aux établissements d’instaurer – ou non – un uniforme. […] … arguant du fait qu’il s’agit d’« un enjeu d’égalité entre les enfants. […] L’uniforme serait donc une manière de répondre à cette problématique. […]

 [A noter :] L’école publique n’a jamais eu d’uniforme et là on entame un débat en le plaçant sur le plan du pour ou du contre alors que la seule question qui vaille est : « Est-ce efficace pour gommer les inégalités ? » Et là, la réponse est non, ce n’est que superficiel. [Propos de Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp] […]

 […] Aujourd’hui, toutes les études le pointent, le système français est l’un des plus inégalitaires de l’OCDE. Sans compter 1,2 million d’enfants, soit un sur dix, qui vivent sous le seuil de pauvreté. Difficile d’imaginer que de simples uniformes réussiront à juguler cela en profondeur et pallier les manques des politiques publiques. […]

 […] … sur le registre vestimentaire, le ministère de l’éducation nationale a rendu public son vademecum sur la laïcité. […] Ce guide recense, à travers une vingtaine de situations concrètes, les réactions à adopter et les textes légaux à mobiliser. L’interdiction du port du voile dans les établissements scolaires est acquise. […]

De fait, les nouvelles consignes vont encore plus loin dans la volonté de contrôler les tenues des élèves, et des jeunes filles en particulier.

La fiche 3 est donc consacrée aux tenues vestimentaires des élèves. Elle explique qu’un signe ou un vêtement qui n’est pas à proprement parler une manifestation d’appartenance à telle ou telle religion pourra être considéré comme tel et interdit si son usage est « ostensiblement » détourné. En guise d’illustration, il est rapporté le cas d’une élève de collège qui portait chaque jour « une jupe longue de couleur sombre ainsi qu’un bandana couvrant partiellement sa chevelure ». Désormais, cela devra « être considéré comme une manifestation ostensible d’appartenance religieuse au regard de l’association systématique de ces vêtements et du refus constant de modifier sa tenue ». Dans ce cas-là, le dialogue prévaut entre la famille, l’élève et l’équipe éducative. En cas de situation bloquée, le chef d’établissement pourra convoquer un conseil de discipline et prononcer l’exclusion définitive de la jeune fille à la jupe jugée trop longue et trop sombre. Le guide se base sur un arrêt du tribunal administratif de Melun du 6 mars 2013 qui va en ce sens.[…]

[…] Enfin, le ministre doit intervenir le 7 juin à l’Assemblée nationale pour défendre la proposition de loi LREM visant à encadrer l’usage des téléphones portables au collège. […] Dans les faits, les chefs d’établissement n’ont pas attendu la volonté ministérielle pour agir avec fermeté.

L’article L. 511-5 du code de l’éducation, effectif depuis 2010, proscrit en effet déjà l’usage du portable en ces termes : « Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile, est interdite. »

On ne saurait être plus clair. Mais il s’agissait d’une promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron, réalisable à peu de frais.

Au ministère, d’après Le Monde, on explique que passer par la loi permet d’assurer l’interdiction dans l’ensemble des établissements.

Cela permet aussi de détourner les regards alors que l’exécutif est englué dans les dysfonctionnements de Parcoursup abondamment commentés.


Faïza Zerouala, Médiapart – Titre original : « Jean-Michel Blanquer fait sa crise d’autorité » – Source (Extrait très partiel)