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Avant-propos : je ne partage pas la vision de l’auteur de l’article ci-dessous. Par contre la dénonciation du populisme lié peu ou prou au libéralisme et ses mentors les grands pouvoirs de la haute finances, ça me semble-t-il, je sais le faire … Reste qu’il faut connaitre toutes les théories pour se faire une idée toute personnelle. MC

La première erreur relève de l’analyse politique […] Comme une bande de Möbius, le paysage politique s’est retourné pour joindre les deux extrêmes dans le même camp du « dégagisme » de l’élite, avec la colère comme très efficace ciment commun.

La deuxième erreur est économique. Le capitalisme libéral schumpétérien est très inégalitaire et il fait des perdants par millions. La réponse de l’élite a été double.

  • Un, expliquer que les politiques de « l’offre » en faveur de la croissance fonctionnent, elles font baisser le taux de chômage (exemple l’Allemagne), et en conséquence tout le monde finira par s’y retrouver.
  • Deux, adapter les filets sociaux de sécurité qui datent de l’après-guerre et l’ère fordienne. Cette réponse double bute sur la lenteur de l’adaptation nécessaire, sur le manque de courage des partis traditionnels à réformer avec radicalité l’Etat providence.

D’où leur perte de crédibilité et le dégagisme.

Mais, plus profondément, elle se heurte à la nature même du nouveau capitalisme financiarisé, technologique, socialement et politiquement aveugle, sans aucun état d’âme vis-à-vis des perdants.

La troisième erreur est morale. L’ « élite » croit avoir fait du bon travail et les mécontents ne sont que des « mal-informés ». La planète ne s’est jamais aussi bien portée : des milliards d’emplois ont été créés par la mondialisation, la pauvreté extrême (vivre avec moins de 1,90 dollar par jour) est en train d’être vaincue, la mortalité infantile a été divisée par deux en trente ans, l’espérance de vie atteint 75 ans, contre 50 ans en 1960, et, contrairement aux discours populistes, les inégalités mondiales ont baissé grâce une répartition de la production beaucoup plus équilibrée.

[Pourtant], l’humain vit plus longtemps et bien mieux, les progrès se diffusant à une vitesse inédite et prodigieuse. Et puis, pour la première fois depuis deux siècles, les populations du Sud ont enfin accès à une prospérité et à l’espoir d’une vie digne.

Les Européens de foi socialiste ou de culture chrétienne devraient se réjouir et non se plaindre.

Qu’il y ait quelques perdants au Nord est, somme toute, un prix à payer très faible. Cette belle consolation morale n’a, évidemment, qu’un bien faible écho dans le cœur de ceux qui perdent leur emploi dans les vallées rouillées de Lorraine […].


Eric Le Boucher, Les Echos – Source (Extrait)