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Pour avoir lu ce livre-essai et en ne tenant compte que sa théorie, oui il serait envisageable de prévoir l’avenir dans ce sens, lorsque 80 ou 90% des tâches seront effectuées par des robots … toutefois je doute que l’économie-finance internationale laisse se positionner une telle façon de vivre. J’ai trouvé que l’interview paru dans les Inrocks, résumait très bien le livre et les questions que pose cette thèse, aussi ai-je pris le parti d’en extraire quelques paragraphes certainement plus explicatifs que je l’aurais fait. MC

  • Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au revenu universel et à considérer qu’il était la solution pour sortir du capitalisme ?

Abdennour Bidar — J’écris depuis plusieurs années sur le vivre-ensemble, la fraternité, et les conditions d’un changement de société. Or je me suis vite aperçu que la principale menace sur notre vivre-ensemble aujourd’hui, c’est la violence capitaliste. C’est ce système qui empêche radicalement les hommes de fraterniser : il organise la compétition généralisée, il enferme dans le chacun pour soi, il célèbre les “vainqueurs”, les self-made men qui ont réussi à se hisser tout en haut de la pyramide… alors que des millions de gens restent tout en bas, dans la précarité ou la misère.

Le capitalisme ne cherchant qu’une chose, le maximum de profit, il a méthodiquement enrégimenté les sociétés tout entières comme autant de vaches à lait. Comment ? Notamment en conditionnant les masses à consommer, à vouloir posséder toujours plus, ce qui les oblige à travailler pour gagner l’argent nécessaire à cette consommation. Travailler plus pour gagner plus pour dépenser plus pour posséder plus. Voilà le cercle vicieux.

Nous sommes maintenus en esclavage par cette double chaîne du travail et de la consommation. Bon courage à celui qui veut s’en extraire ! Dans les conditions actuelles du système, il est condamné à vivre en marge, précarisé et ostracisé.

La loi d’airain de l’empire capitaliste, c’est “toute ta vie dépendra de l’argent que tu gagneras dans nos entreprises, et tout ton bonheur dépendra des produits que tu achèteras dans nos magasins”. Comment en sortir ? En brisant d’abord la chaîne du travail, c’est-à-dire en ne faisant plus dépendre l’argent dont nous avons besoin pour vivre du travail imposé par ce despote capitaliste.

  • Pourquoi juger le travail d’un point de vue négatif alors qu’il est aussi perçu comme un moyen de s’accomplir par de nombreux salariés ?

Je ne juge pas le travail de manière uniquement négative, loin de là ! Je fais bien la distinction entre le travail-esclavage et le travail qui contribue à notre épanouissement personnel. Instituer le revenu universel, ce n’est donc pas imaginer un monde où toute forme de travail aurait disparu. C’est vouloir une société où l’on ne travaille plus par contrainte, parce qu’on n’a pas le choix, et où l’on est forcé de tout faire pour garder son job afin de ne pas couler. Imaginons qu’à la place de cela soit instauré un revenu universel à une hauteur telle qu’il assure le minimum vital pour mener une vie décente.

Personne ne serait plus obligé d’accepter n’importe quel job sous-payé pour survivre, ou n’importe quel boulot qui ne correspond en rien à ses aspirations personnelles. Cela éliminerait quoi ? Non pas tout travail mais le travail contraint et forcé, le travail qui n’a pour l’individu aucun sens, ni d’autre intérêt que de lui donner de quoi payer ses factures. Le paradoxe du revenu universel serait donc de ne pas éliminer le travail mais d’en transformer la nature, ainsi que la relation au travail pour ceux qui en garderaient un. […]

  • Vous écrivez que les machines vont progressivement nous libérer de la nécessité originelle du travail. Le revenu universel peut-il s’imposer naturellement à nous ?

Oui, c’est un argument fort du livre. Le revenu universel ne va pas s’imposer par philanthropie, par une générosité soudaine du système, mais parce qu’il correspond au stade de développement de notre civilisation humaine. Je l’envisage de manière quasi naturaliste, ou évolutionniste, comme l’une des conséquences de l’accès de notre espèce à un nouvel âge de son évolution. […]

Aujourd’hui, nous disposons d’une technologie industrielle qui nous offre à la fois l’abondance et la sécurité des biens de consommation. Notre problème est plutôt le trop-plein, l’excès, la surconsommation et la surexploitation de la nature, que le risque de manquer. […] …  le “règne du travail” comme “condition” de la vie humaine est bel et bien en train de s’achever. […]


Interview d’Abdennour Bidar par David Doucet pour les Inrocks  – titre original : « Abdennour Bidar: “Il faut briser la chaîne du travail” » – Source (Extrait)


Libérons-nous ! – Des chaînes du travail et de la consommation (éditions Les Liens qui Libèrent), 160 pages, 10 €