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Torrent d’insultes, haine pure, attaques nominatives… le tout accompagné du vocable facho qui va bien : les « merdias », les « journalopes »… Voilà ce que charrient, à une cadence désormais industrielle, les réseaux sociaux contre la presse française.

Une ONG de lutte contre la cyber-violence, Respect Zone, s’est amusée, si l’on peut dire, à étudier le phénomène.

A partir de l’analyse de 10.000 commentaires sur les pages Facebook de 24 médias, au mois de mars, l’organisation est arrivée à cette réjouissante conclusion : les journalistes sont la troisième profession la plus ciblée, derrière les politiques et les célébrités.

Sur douze mois, et en élargissant l’étude à d’autres réseaux sociaux, c’est encore mieux : l’anti-journalisme s’épanouit au rythme de 45.000 messages mensuels. Voilà le signe d’une démocratie en pleine santé !

C’est flagrant : tous les journaleux sont des salauds, ils racontent des salades, manipulent l’opinion, défendent les puissants et protègent les pourris… face à une société qui, grâce aux réseaux sociaux, devient de plus en plus ouverte, informée et de moins en moins complotiste. Il faut remercier, une fois encore, les Facebook, Twitter et consorts, qui privilégient toujours la modération plutôt que le business. Féliciter aussi, triste paradoxe, les médias qui ne mo­dèrent plus ou peu leurs forums qui dézinguent les confrères. Quant à la justice et aux poulets, débordés, le ménage ne se fait qu’à coups de procès pour l’exemple par-ci, par-là, qui n’ont rien de dissuasif pour la jungle du Net.

Évidemment, il faut tirer un ultime coup de chapeau à ceux qui soufflent sur les braises et excitent leurs militants. L’anti-journalisme est à la mode chez les politiques. A l’occasion, on glisse un bourre-pif dans les meetings, ou on déglingue la bagnole de Radio France à la der­nière manif des Insoumis. C’est la Fête à Macron et à la presse !

Depuis quelque temps, Méluche tient la corde :  » Vous faites un travail de merde ! «  lançait encore le mois dernier le Lider minimo, qui n’a pas toujours dit cela. Son grand rêve se réalise déjà sur la Toile, avec l’émergence d’« observatoires du journalisme » autoproclamés, qui notent et sulfatent à gogo.

Il y a un an, Fillon balançait les pires horreurs sur « Le Canard », sans qu’aucun politique ne s’en émeuve. Et, depuis, le chef de l’Etat lui-même cache à peine son aversion pour les scribouillards qui font de la « popol », comme le dit gentiment son entourage.

Bientôt, ils auront droit au régime « célébrités » sur le Net dont parle l’ex-footballeur Bixente Lizarazu (« Le Figaro », 3/5) : « C’est d’une grande violence et on ne se rend pas compte à quel point cela peut traumatiser des mecs. Quand tu te tapes mille gars qui s’acharnent sur toi car t’as raté un but ou fait une erreur défensive, ce n’est pas acceptable. On va tolérer ça encore longtemps ? Il y a une grande responsabilité des patrons des réseaux sociaux. (…) Ça m’effraie pour nos enfants et les générations à venir. »

Il faut croire que les patrons des réseaux sociaux n’ont pas de gosses…


Lu dans « le Canard Enchainé » Signé C. N. – Mercredi 09 mai 2018