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[…] [Le déplacement] d’Emmanuel Macron à Washington, du 23 au 26 avril [2018], a souvent davantage ressemblé à un week-end entre vieux amis complices qu’à un sommet d’État. […]

Le vendredi 4 mai 2018, Donald Trump, qualifiant une énième fois « Emmanuel » de « great guy », n’en profitait pas moins lors d’un discours devant le lobby pro-armes de la NRA pour mimer de façon obscène les attentats du 13-Novembre.

[…] Mardi 8 mai, il a notifié au téléphone le président français de sa décision choc : les États-Unis se retirent de l’accord sur le nucléaire en Iran, ruinant les trésors de courtoisie mis en œuvre par Emmanuel Macron.

Le président américain en a désormais pris l’habitude : dès qu’il rencontre son homologue français, les deux chefs d’État vivent une lune de miel amicale, […] Mais sitôt Emmanuel Macron parti, Donald Trump avance ses pions sur le terrain géopolitique, systématiquement dans un sens contraire aux intérêts français.

Début juin 2017, [D. Trump annonçait] le retrait américain de l’accord de Paris sur le climat, […]  [Macron pensait pouvoir infléchir cette décision en invitant] Trump au défilé du 14-Juillet, […]: on n’a pas vu le moindre signe d’évolution depuis. Trump a même multiplié les prises de position stratégiques hostiles à la France :

  • annonce de la mise en place de tarifs douaniers,
  • reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël,
  • sortie de l’accord iranien.

L’entente manifeste entre les deux dirigeants ne masque plus les divergences politiques profondes. […]

[…]« Lorsqu’il s’agit d’intérêts nationaux, la relation interpersonnelle pèse peu in fine, décrypte Frédéric Charillon. Elle compte pour adoucir les positions, préserver un canal d’information, mais sur le fond, ce sont les rapports de force domestiques qui ont le plus d’importance. Aucun leader digne de ce nom ne fera de compromis sur ce qui est perçu chez lui comme l’intérêt national pour ménager un autre chef d’État étranger, sous prétexte d’une bonne entente. » C’est ici qu’est l’os pour Emmanuel Macron : Donald Trump a beau lui donner du « great guy », sur le fond, tout oppose les deux dirigeants. Quand Emmanuel Macron prononce une ode au multilatéralisme devant le congrès américain, s’inscrit résolument dans la mondialisation et pousse pour « make the planet great again », le président américain affiche des convictions inverses. » […]

L’intransigeance du locataire de Washington pourrait bien amener les dirigeants européens à faire front ensemble, face aux États-Unis… Dans ce cadre, Emmanuel Macron pourrait justement profiter de la position de faiblesse de ses homologues de Berlin et Londres pour prendre la tête du camp européen. Le président joue gros : « S’il parvient à susciter une résistance européenne à cet épisode iranien, en accord avec quelques grands émergents comme la Chine ou l’Inde, il ne sera pas fragilisé, estime Frédéric Charillon. Dans le cas contraire, il lui sera reproché d’avoir été trop aimable avec un personnage dangereux, inculte et grossier, qui n’a montré aucun égard envers lui. »

[…]


Hadrien Mathoux, Marianne2 –Titre original : « Après le retrait américain, Macron découvre les limites de la « diplomatie du bisou » » – Source (Extrait)