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 En attendant le verdict de Parcoursup, qui, le 22 mai, distribuera les affectations en fac, lycéens et familles s’interrogent avec inquiétude sur son fonctionnement. Et pour cause : ce nouveau programme informatique repose sur des règles complexes et confidentielles, ce qui, évidemment, limite les recours en cas de litige…

Parmi les cachotteries repérées par « Le Canard », la note de « contrôle continu » prenant en compte, en vertu de critères obscurs, les résultats de chaque candidat obtenus en première et en terminale… « lissés » et fondus en une seule note. Laquelle peut compter jusqu’à trois chiffres après la virgule ! Certains seront donc départagés au millième de point.

Logement sélectif

Parcoursup intègre également une « fiche avenir » autrement dit, un ensemble d’appréciations sur l’ « esprit d’initiative » ou la « capacité à s’investir » du futur étudiant, transmutées elles aussi en une note miraculeusement précise.

Dans chacune des 13.000 filières du supérieur accessibles avec Parcoursup, qui plus est, les commissions d’examen des vœux sont libres d’adapter l’algorithme comme bon leur semble. Elles peuvent, par exemple, décider du poids attribué à des critères tels que le lieu d’habitation du candidat ou la section (littéraire, scientifique, économique) dans laquelle il a suivi sa terminale… sans en référer à l’intéressé.

Le gouvernement n’a pas ménagé ses efforts pour occulter cette petite tambouille informatique.

Premier acte ? Lors du vote de la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), la ministre, Frédérique Vidal, a fait adopter, le 7 février, un amendement visant à « garantir la nécessaire protection du secret des délibérations des équipes pédagogiques ». Si un candidat conteste, il pourra avoir accès aux « documents » qui permettront de « comprendre les motifs de la décision ». Mais pas au fameux algorithme.

Sauf que… patatras ! le 21 mars, le Sénat annule cet amendement. Et, le 22, la Commission nationale de l’informatique et des libertés rend son avis sur Parcoursup et précise que « les établissements d’enseignement supérieur qui recourraient à un traitement algorithmique pour examiner les candidatures (…) devront également fournir l’ensemble des éléments permettant de comprendre (…) cet algorithme ».

Vérité à éclipses

Le 11 avril, Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, réplique en faisant passer un amendement dans la loi dédiée à la « protection des données personnelles », qui rétablit « un accès spécifique et individualisé aux documents administratifs, qui, sans compromettre le principe du secret des délibérations (…), permettra de comprendre les critères et les motifs de la décision ».

Les secrets de l’algorithme ne sont donc – à nouveau – plus mentionnés…

« Si une filière ne veut pas donner le détail de l’outil de pondération (sic) qu’elle a utilisé, elle peut ne pas le faire, concède une éminence du ministère. Nous n’avons aucun moyen de vérifier que chaque enseignant-chercheur aura étudié chaque dossier avant chaque décision… Mais nous n’avons pas de doute sur leur implication. » !!!!!!

Léger détail : d’ici trois semaines, plus de 3 millions de vœux auront été étudiés. Il va falloir garder l’algorithme !


Jérôme Canard – « Le canard enchainé » du mercredi 02 mai 2018


Note : C’est le service d’études et de statistiques du ministère de l’Enseignement supérieur qui l’annonce, dans un document paru le 30 avril : le nombre d’étudiants pourrait passer à 2,8 millions en 2021 – soit 216 000 de plus qu’en 2016. Pour la rentrée 2018, l’étude confirme un afflux supplémentaire de 28 000 étudiants en première année, là où Frédérique Vidal a promis… 19 000 places de plus.

Pour les autres, ce sera debout ?