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Occupations d’universités, ZAD, manifestations contre le gouvernement… toutes les protestations voient aujourd’hui des individus radicaux se mêler à la foule.

Ces formes d’expression radicales, potentiellement violentes, se nourrissent d’une défiance croissante envers la politique et les organes représentatifs. […]

Des dizaines de blessés après les affrontements entre zadistes et policiers à Notre-Dame-des-Landes ; des universités bloquées, […] ; des manifestations s’achevant dans de violents affrontements entre « black blocs » et forces de l’ordre, comme à Montpellier le 14 avril ; un groupuscule d’extrême droite, Génération identitaire, organisant le week-end dernier un happening au col de l’Échelle (Hautes-Alpes) pour empêcher des migrants d’entrer en France… Ces dernières années, on a assisté à la répétition d’actions protestataires ou violentes se revendiquant comme modes d’expression politique, en lieu et place du dialogue démocratique. […]

 « Radicalité de protestation »

Comment en est-on arrivé là ? Pour Anne Muxel la sociologue/chercheuse, « le climat particulier de remise en cause des rouages comme des principes de la démocratie représentative » pousse les jeunes à privilégier « l’expression directe, les voies de la protestation, et, de plus en plus souvent, des formes d’engagement alternatives à la participation conventionnelle ». Témoin Émile (1), étudiant parisien de 23 ans venu passer trois jours à Notre-Dame-des-Landes, dit ne pas se « retrouver dans ce qui prend le nom de démocratie aujourd’hui ».

Anne Muxel distingue toutefois la « radicalité de protestation », qui toucherait une large partie de la jeunesse et consiste en « un répertoire d’idées et d’actions (…) agissant en dehors des rouages de la représentation politique », de « la radicalité de rupture », qui concernerait cette fois une minorité et « relève de la contestation du système plus que de la protestation […].

Des troupes disparates difficiles à comptabiliser

L’appréhension de cette France radicale est malaisée, tant celle-ci est hétéroclite. Quantitativement, ces troupes disparates sont difficiles à comptabiliser. Les chercheurs ne disposent pas de données chiffrées précises. Qualitativement, […] les ultras rassemblent de nombreuses mouvances : autonomes, anarchistes, antifas, libertaires, zadistes, antispécistes ou encore féministes. […]

Chacun ses revendications

Au sein de ces troupes « affinitaires » partageant certaines revendications, la relation aux institutions politiques ou à l’usage de la violence est très variable. Certains anarchistes veulent remettre en question la légitimité de l’État et cherchent l’affrontement violent par tous les moyens. D’autres refusent l’usage de la violence mais revendiquent le recours à des actions illégales, comme l’association de défense des droits des animaux L214, […]

D’autres enfin revendiquent des stratégies opportunistes comme John, 35 ans, installé à Bure depuis 2014 pour lutter contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires. […]

À droite, les mouvements des ultras sont plus structurés, même s’ils évoluent – du moins officiellement – en marge des partis. Génération identitaire, le groupe qui a succédé au Bloc identitaire, rassemblerait environ 2 000 jeunes en France, tout en ayant des groupuscules à l’étranger, en Autriche, en Italie et en Allemagne. Leur porte-parole Romain Espino revendique « un mode d’action coup-de-poing », affirmant : « Nous n’avons pas du tout vocation à participer à des élections, notre rôle est vraiment celui d’être un aiguillon politique dans le débat. »

Les anciens du Groupe union défense (GUD) ont aussi lancé une organisation avec un tout nouveau nom : le Bastion social. Le mouvement identitaire est né à Lyon en mai, par la réquisition illégale d’un bâtiment pour le mettre à destination des sans-abri. Inspirés par le mouvement italien néofasciste Casa Pound, ils revendiquent en effet d’aider les pauvres, à condition que ces derniers soient des Français « enracinés », selon les termes de leur leader. Ils s’implantent désormais dans d’autres villes comme Marseille, Chambéry, Strasbourg ou Angers, dans un climat de violence.

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Lucie Alexandre et Pascal Charrier, La Croix –  Titre original : « Les radicaux, nouveaux chantres de la contestation » Source (Extrait)


  1. Tous les prénoms ont été modifiés.