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« Je souhaite laisser ma place aux jeunes », s’était-il justifié quelques jours plus tôt, en annonçant démissionner de ses fonctions de président des conseils de surveillance de Canal Plus et Vivendi. Vincent Bolloré était-il au courant de la garde à vue qui l’attendait ? […]

À ses côtés sont aussi interrogés le directeur général du groupe Bolloré et le responsable financier du pôle international de l’agence de communication Havas, filiale de Vivendi, dont Bolloré est l’actionnaire principal.

Ce dernier est notamment soupçonné d’avoir mis Havas au service des campagnes électorales du président guinéen Alpha Condé et du Togolais Faure Gnassingbé « via des factures sous-payées favorisant leur victoire ». En 2011, le président Alpha Condé, fraîchement élu, avait ainsi débarqué sans raisons apparentes Getma, une filiale de l’opérateur portuaire français Necotrans, alors sous contrat, au profit de son « ami de longue date » Vincent Bolloré. Lequel contrôle aujourd’hui le port de Conakry, mais aussi celui de Lomé (et douze autres). […]

Les guerres africaines de Vincent Bolloré

« Ce n’est pas parce qu’on est ami avec quelqu’un qu’il n’y a pas d’éthique dans nos rapports », commentait sobrement M. Vincent Bolloré alors qu’on l’interrogeait sur les luxueuses vacances offertes au président Nicolas Sarkozy en 2007.

De fait, le groupe dirigé par l’industriel français occupe une place particulière dans l’économie nationale : impliqué dans les films plastique, les transports ou l’énergie, il dispose de plusieurs filiales qui bénéficient parfois de contrats avec l’Etat. Créé en 1822, toujours détenu majoritairement par la famille Bolloré, le groupe se place parmi les cinq cents premiers conglomérats du monde. S’il est implanté un peu partout, l’Afrique semble sa terre d’élection.

Là, la guerre industrielle fait rage, notamment pour la concession des ports récemment privatisés. Ce sont les relations du groupe avec des régimes locaux peu scrupuleux — tel celui de M. Charles Taylor au Liberia, ou celui du « Françafricain » Paul Biya au Cameroun — qui l’ont mis sous le feu de la critique. Mais M. Bolloré peut compter sur un solide réseau d’amitiés politiques et sur les médias qu’il contrôle pour se défendre.

 « Pour nous, les médias, il offre l’image parfaite du héros contemporain. Renouant avec les chevaliers d’industrie, il nous ferait oublier la crise. » Reportage de TF1 sur Vincent Bolloré (1986) (1).

Pendant longtemps, les médias français se sont attendris sur le visage poupin de M. Vincent Bolloré. Le « petit prince du cash-flow », comme on l’appelait dans les années 1980, incarnait le « capitalisme nouveau », l’entrepreneur éthique, qui avait su concilier paix sociale et rentabilité financière. […]

Mais le portrait du golden boy breton des « années fric » a, depuis, pris quelques rides. Il y eut d’abord ces opérations boursières dans les années 1990, contre le groupe Bouygues en particulier, qui lui valurent une réputation d’homme d’affaires rapace, empochant de juteux dividendes sur les cadavres trahis. Il y eut aussi cette familiarité affichée avec insolence, de son yacht de luxe à son jet privé, avec un Nicolas Sarkozy fraîchement installé à l’Elysée.

Soupçons, collusions, l’ange milliardaire est, dans une partie de la presse, devenu démon (2).

Et voilà que remonte à la surface une autre facette de M. Bolloré : les activités de ses entreprises en Afrique. En vingt ans, ce continent est devenu un des piliers d’un groupe dont il a longtemps constitué la « face cachée ». L’Afrique ne représente, certes, qu’un quart de son chiffre d’affaires officiel (1,4 milliard d’euros sur 6,4 en 2007). Mais, avec ses dix-neuf mille salariés, ses deux cents agences réparties dans quarante-trois pays et les installations hautement stratégiques qu’il contrôle (ports, transports, plantations), M. Bolloré y agit comme un empereur conquérant dont les réseaux politiques et médiatiques constituent les armes favorites.

Thomas Deltombe – Journaliste. Le monde Diplomatique – Titre original « Les guerres africaines de Vincent Bolloré » – Source (Extrait)


  • (1) «Un héritage à la Corbeille : Bolloré », TF1, 4 février 1986.
  • (2) Lire Nathalie Raulin et Renaud Lecadre, Vincent Bolloré, enquête sur un capitaliste au-dessus de tout soupçon, Denoël, Paris, 2000; et Nicolas Cori et Muriel Gremillet, Vincent Bolloré, ange ou démon ?, Hugo doc, Paris, 2008.

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