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Les derniers jours ont vu fleurir deux tribunes aux mots justes et forts. L’une, « Non à la casse du service public ferroviaire ! L’autre « Une sélection absurde », sur la loi ORE, dite d’orientation et de réussite des étudiants ! […]

Aujourd’hui, l’urgence sociale est plus que réelle. La « casse des services publics », […] est bien une réalité, doublée d’un abandon des territoires urbains de banlieue, mais aussi des territoires ruraux touchés par une pauvreté endémique.

Oui, les mouvements qui se succèdent, ce sont des mouvements anti ! Jamais les gouvernements ne sont allés ouvertement aussi loin : anti-migrants, et anti-associations d’aide aux migrants, anti-syndicats et anti-dialogue social, anti-chômeurs et anti-Code du travail, anti-services publics, mais aussi fonction publique. Tous les signataires de cette tribune sont des résistants de ce creuset républicain protecteur des plus fragiles et plus faibles. […] La politique à l’œuvre aujourd’hui est une politique habile de « démolition sociale » et d’affaiblissement des territoires les plus fragiles déjà !

La démocratie sociale est contournée car elle est considérée comme conservatrice et les organisations syndicales comme des empêcheurs de réformes ! Les postes d’enseignants des écoles du milieu rural sont « dérobés » au profit de la réforme de l’école maternelle, qui peut s’avérer juste si les moyens réels sont attribués sans déshabiller des territoires fragiles. Les lignes de transport ferroviaire qui ont servi à désenclaver vont être supprimées au nom de la rentabilité ou de leur manque de rentabilité plus exactement.

Les chômeurs vont être davantage contrôlés, comme suspects a priori de fraude, tout comme les migrants dont le retour est programmé en écornant le devoir d’hospitalité qui a forcé le respect de notre pays dans le monde depuis toujours. […]

Les étudiants sont voués à faire l’objet d’une sélection favorisant les plus avertis et disposant de moyens culturels ou financiers pour mieux choisir les « voies de la réussite ». C’est la société de la concurrence qui veut s’emparer du pouvoir, via « la propagande antisociale » qui a envahi les médias. […]

Citoyens d’ici et d’ailleurs, nous revendiquons la liberté de croire que demain peut rimer avec progrès économique, social et humain, sans casser les outils de régulation permettant aux plus fragiles de ne pas être relégués et à chacun de réussir individuellement dans le cadre du projet républicain.

[…] Un nombre très important d’enseignants et chercheurs, protestent contre un mode de sélection qui se substitue à un autre. Après celle qui avait abouti à l’absurdité du tirage au sort pour une filière mais aussi à laisser sur le bord de la route des milliers de néo-bacheliers par une sélection sur dossier. Le gouvernement préfère imaginer un mode de sélection au juste financement des besoins de l’enseignement supérieur, quelles que soient les modalités de formation.

Rationner le financement de l’enseignement supérieur devient l’alpha et l’oméga de la politique des services publics que met en œuvre le gouvernement. La loi d’orientation et de réussite des étudiants, dite loi ORE, n’est ni une loi d’orientation, ni de réussite. C’est la loi de la sélection par le rationnement des financements publics, une loi qui ne vise pas à élever le niveau de qualification des jeunes, mais à mettre en place une stratégie de sélection par un pseudo-examen des dossiers visant à faire des enseignants non pas des pédagogues dans l’âme, mais des chasseurs de têtes, comme l’exige la philosophie de cette loi ORE et de l’outil « politique » qui fait la part belle aux officines privées pour ceux qui ont les moyens de faire rédiger CV et lettre de motivation correspondant aux exigences de ce qu’insidieusement induit cette nouvelle pratique, fondée sur une vision concurrentielle et hypersélective de l’orientation.

[…] Cette pseudo-réforme refuse le rôle millénaire dévolu à l’université : révélateur de talents, lieu où s’expérimente l’autonomie, où se développe l’esprit critique. […]

Jacques Gaillot, Bertrand Gaufryau et Noël Mamère