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 « Nous vivons dans une société qui a le privilège de vieillir, mais qui ne respecte pas les vieux. » O. de Ladoucette

 

  • Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde en 20I 5, vous avez déclaré que les personnes âgées sont les « pionnières d’un mode de vie qui se multiplie vite, pour lequel nous manquons d’images identificatoires positives ». Êtes-vous toujours d’accord avec cela?

Plus que jamais. Nous vivons dans une société qui a le privilège de vieillir, mais qui ne respecte pas les vieux. Or, le jeunisme va être fortement entamé. Il l’est même déjà sous la pression démographique. Les seniors, de plus en plus nombreux, vont refuser d’être déconsidérés. Avec l’allongement de l’espérance de vie, au moment de la retraite, ils comprennent qu’ils ont trente ans devant eux pour faire des choses intéressantes, et ce sont eux qui proposeront des modèles !

  • Qu’entendez-vous par là ?

C’est à eux de se prendre en mains : ils doivent faire plus de choses pour la société, en s’investissant dans le monde associatif, par exemple.

Cela donne du sens à la vie, permet de garder espoir et offre un modèle identificatoire aux jeunes générations.

Se rapprocher de la spiritualité -pas nécessairement religieuse, parfois tout à fait laïque- y aide, si l’on y consacre du temps. Aujourd’hui, on est beaucoup dans l’avoir et le faire, mais on peut aussi être, tout simplement.

  • Vous voulez dire qu’en tant que personne vieillissante, on peut s’écarter du culte de la performance, et que savourer un rythme différent est possible ?

Par exemple. On peut aussi s’ouvrir au monde. Notamment avec des outils comme Internet.

Les seniors l’ont bien compris, ceux qui ont moins de soixante-quinze ans aujourd’hui sont très connectés. Au-delà de cet âge, ils le sont de moins en moins, étant plus intimidés. Il n’empêche : les générations à venir seront plus nombreuses à avoir été formées et pourront en profiter.

  • Quelles autres conditions d’épanouissement au vieil âge citeriez-vous ?

La mémoire affective est ce qui résiste le mieux au temps, y compris en cas de maladies neurodégénératives. On peut s’appuyer dessus, tout simplement en étant dans l’affect avec les personnes vieillissantes, en les prenant dans ses bras. Le système sensoriel peut être émoussé avec le temps, mais il y a des portes d’accès chez chacun pour réactiver l’émotion : par le goût, la musique, une étreinte, une conversation…

  • Cela passe apparemment beaucoup par le plaisir ?

En effet. Il s’agit d’entretenir sa réserve cognitive, autrement dit son capital cérébral.

Et la meilleure manière de le faire mêle plaisir, stimulation intellectuelle et convivialité. Tout ce qui est amusant est bon à prendre. Le plaisir génère la motivation, primordiale mais pouvant, elle aussi, être émoussée. Il faut lutter contre les stéréotypes. Vieillir est un combat, qui n’est certes pas facile, mais que l’on peut mener joyeusement. Les outrages du temps ne sont pas forcément désespérants. L’homme s’adapte à tout, y compris à la vieillesse.


Entretien avec Olivier de Ladoucette, psychiatre et gériatre, attaché à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). – Lu dans  « Valeurs mutualistes N°311