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Nanterre s’y met, Rennes-II va-t-elle s’enflammer ? Paris-VIII, céder ? Les quartiers et les collectifs ruraux, rejoindre le mouvement ?

La répression fait rage, mais en face, chez les jeunes, l’impression est celle d’une colère qui monte, d’une résolution nouvelle. C’est qu’aucune jeunesse au monde ne tend spontanément l’autre joue.

[…] Mais la gifle à la jeunesse va bien au-delà de la vingtaine de campus occupés, de cet « avis de déferlante étudiante », […]. Elle va au-delà d’un mouvement étudiant qui s’ébroue, se réveille interloqué, entre démesure policière et menaces des phalanges brunes. […] … avant d’être celle des politiques haineuses ou des répressions d’Etat, la gifle, telle que la ressentent les millenials, du campus en émoi […], est celle d’un monde dont les règles comme les réformes les écrasent, les acculent, les humilient. Si la sélection qu’impose à l’entrée en licence la double réforme en cours (ORE et ParcourSup) a mis le feu aux poudres, c’est qu’elle résume à elle seule, tel un lapsus de manageur, le monde qu’ils découvrent, consternés. Et dont beaucoup ne veulent pas, déclinant le terme à l’envi pour pointer la sombre cohérence de l’époque : évaluation et contrôle, de la maternelle à la retraite ; sélection  » naturelle  » des plus aptes à la lutte économique, contractuels contre salariés, carriéristes contre victimes du burn-out ; sélection, par le marché, des lignes ferroviaires et de leurs employés, gardés ou supprimés ; sélection, ailleurs, des minorités locales ou des ébauches démocratiques, […]


François Cusset, Le Monde –Titre original : « Universités : « Aucune jeunesse au monde ne tend spontanément l’autre joue », affirme François Cusset ». – Source (Extrait)