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La crise que traverse Facebook s’étend à tout le secteur : citoyens et politiques veulent reprendre le contrôle. Cet éditorial est issu de notre numéro “Géants du Net : la fête est finie” en kiosque le 12 avril 2018.

Le pari originel de Mark Zuckerberg a fonctionné. Pour la simple envie de faire partie du “club”, les utilisateurs du plus célèbre réseau social ont volontairement ouvert des brèches dans leur vie privée. Sans se rendre compte que la somme de nos individualités, une fois exploitée, pouvait influencer des événements aussi déterminants pour la marche du monde que l’élection américaine ou le vote sur le Brexit.

La solution viendra-t-elle de Bruxelles ? “La vision américaine d’un Far West numérique où tout serait permis recule”(1), se félicitait déjà en décembre dernier Max Schrems, l’étudiant autrichien qui fut le premier lanceur d’alerte contre Facebook et son exploitation de notre vie privée. Les révélations concernant l’entreprise Cambridge Analytica, qui a utilisé de manière indue les données de plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs du réseau social, lui ont donné raison à maints égards. Et alors que les États-Unis réfléchissent encore à la réponse adaptée, la législation européenne sur le sujet entrera en vigueur le 25 mai prochain. Elle imposera d’importantes amendes aux entreprises qui échouent à protéger les données des citoyens de l’UE.

Ce constat alarmiste ne doit pas faire oublier le charme du réseau social créé par un jeune étudiant de Harvard en 2004, qui a déjà opéré auprès de plus de 2 milliards d’utilisateurs. Comme autrefois la place du village où l’on se retrouvait pour discuter, le mur Facebook a permis de s’afficher avec ses proches (ou moins proches), d’abolir les kilomètres qui séparent des familles, de renouer avec les copains du lycée. N’oublions pas le caractère libérateur d’Internet seulement parce que quelques-uns de ses géants cherchent à le confisquer. Le temps est venu de reprendre le contrôle sur nos données. Même si cela passe en premier lieu par #DeleteFacebook.

(1) Libération, 10 décembre 2017


Hamdam Mostafavi Courrier int. – Source