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L’Assemblée nationale commencera à examiner dès lundi 9 avril le projet de loi pour « un nouveau pacte ferroviaire ». Et ce, alors que la concertation n’est pas achevée. Dénonçant une « mascarade », les syndicats entendent durcir la mobilisation pour mieux révéler la méthode de l’exécutif : parler, mais ne rien dire ; écouter, mais ne pas entendre.

Le problème avec les grosses ficelles, c’est qu’elles finissent toujours par se voir. Celles qui tissent la méthode d’Emmanuel Macron, en lui permettant depuis bientôt un an de dérouler ses politiques sans rencontrer de véritables résistances, apparaissent aujourd’hui à la faveur de la mobilisation contre la réforme de la SNCF.

L’exécutif a beau continuer à multiplier les réunions, expliquant, comme l’a fait la ministre des transports Élisabeth Borne dans Le Parisien, que:

« personne ne peut comprendre que les syndicats de cheminots engagent une grève longue et pénalisante alors que nous ne sommes qu’à mi-chemin des concertations et que le gouvernement est dans le dialogue », la technique ne prend plus.

D’abord, parce que les confédérations […] voient désormais clair dans le jeu du gouvernement.

« C’est une véritable mascarade, a déploré, jeudi 5 avril, le secrétaire général de la CGT Cheminots, Laurent Brun, au sortir d’une réunion de plus de 6 heures au ministère des transports. Nous essayons à chaque fois d’avoir des documents préparatoires dans lesquels il y ait les propositions de la ministre, de manière à ce qu’on puisse les critiquer, les amender, les contester ou les valider, a-t-il poursuivi. On nous envoie […] des PowerPoint de présentation des sujets, mais la présentation des sujets et la présentation des problèmes, on les connaît par cœur ! »

Tous les responsables syndicaux dénoncent d’une seule voix le « blabla » d’un gouvernement qui parle, mais ne dit rien ; écoute, mais n’entend pas.

[…] Après deux jours de travaux en commission, le projet de loi pour « un nouveau pacte ferroviaire » sera discuté dès lundi 9 avril, à l’Assemblée nationale. Le gouvernement estime qu’une grève n’a pas de sens dès lors que la concertation n’est pas achevée, mais trouve tout à fait normal que le Parlement commence à examiner un texte dans les mêmes conditions.

[…] Le député La République en marche (LREM), Jean-Baptiste Djebbari, rapporteur de la réforme au Palais-Bourbon, assure au contraire que le calendrier est parfaitement logique. Ce qui sera soumis à la discussion parlementaire à partir de lundi, explique-t-il, sont les grandes têtes de chapitre – dont la fin du statut des cheminots – sur lesquelles l’exécutif a maintes fois annoncé qu’il ne reviendrait pas.

 « Il y aura quelques ordonnances, mais seulement sur des points techniques, ajoute l’élu. Nous allons examiner les grands principes de la réforme, mais la partie sociale sera débattue dans la convention collective ou, pour certains points, dans la loi, mais plus tard. »

On comprend dès lors le dialogue de sourds en cours au ministère des transports, où les discussions portent sur les contours d’un avenir dont les représentants des salariés ne veulent pas. Promettant un durcissement du mouvement social, les responsables syndicaux entendent reprendre la main sur la fameuse « opinion publique », cette inconnue que tout le monde se dispute et sur laquelle Emmanuel Macron a jusqu’alors construit sa stratégie politique. […]


Ellen Salvi, Médiapart – Titre original : « Face au mouvement social, la mécanique Macron se grippe »  Source (Extrait)