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[Ce mouvement, où se mêlent étudiants et enseignants, contestant la réforme de l’accès à l’université qui ne cesse de prendre de l’ampleur, a de bonnes raisons de s’amplifier.]

Le gouvernement pensait que l’affaire de la sélection à la fac était pliée, que sa stratégie du fait accompli avait, une nouvelle fois, parfaitement fonctionné. Mal lui en a pris.

Depuis deux semaines, la contestation de Parcoursup et de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur, votée en février et difficilement mise en place dans les universités, ne cesse de prendre de l’ampleur. […] Le tout au grand dam de l’exécutif, bien obligé désormais de prendre la situation au sérieux. […]

À l’évidence, l’évacuation ultraviolente, le 22 mars au soir, des étudiants de la faculté de droit de Montpellier, à laquelle seraient mêlés le doyen et certains enseignants, a fait l’effet d’un électrochoc. Tout comme les attaques de groupuscules d’extrême droite à Lille ou à Paris-I. Depuis, le mouvement qui dénonçait Parcoursup et l’instauration de la sélection à l’entrée en licence, avec notamment la mise en place « d’attendus » dans chaque filière, a pris, sans conteste, une nouvelle vigueur. […]

L’inquiétude du gouvernement

Officiellement, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a condamné les violences de Montpellier et appelé, d’une manière générale, à « l’apaisement ». Mais dans les faits, aucune place au dialogue n’est donnée. Au contraire. Plusieurs interventions policières ont été autorisées ces derniers jours, comme à Bordeaux, Dijon, Nice, Strasbourg et Paris-I (Tolbiac). […]

Dans les mots, le gouvernement tente également de disqualifier le mouvement, taxé régulièrement d’être « ultra-minoritaire », comme l’a laissé entendre, jeudi [05/04/2018], le premier ministre Édouard Philippe sur France Inter, évoquant, histoire de noircir le tableau, des « photos d’amphis dévastés, tagués »… Bref, la bataille de l’opinion publique bat son plein.

Cette attitude révèle l’inquiétude grandissante du gouvernement. Voire un brin de fébrilité. « Il sait que la mobilisation mêlée des cheminots et des universités peut produire un rapport de forces important, surtout avec des étudiants qui ont des modes d’action plus radicaux et avec qui le maintien de l’ordre est plus compliqué », analyse Julie Le Mazier, chargée de cours à Paris-XIII et spécialiste des mouvements étudiants. Selon elle, parler de mouvement « minoritaire » ne tient plus debout. […]


Laurent Mouloud – Titre original : « Universités. Le mouvement des étudiants est parti pour durer » – Source (Extrait)