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 Il convient de féliciter les radios et les télés qui, ce week-end, ont consacré de nombreux reportages aux mouvements de grève chez Carrefour sans même citer l’identité de son actionnaire clé, le richissime propriétaire de LVMH, Bernard Arnault.

Un exploit d’autant plus remarquable que la situation actuelle du distributeur doit beaucoup à la gestion dudit Arnault.

En 2007, en compagnie du fonds d’investissement Colony, le milliardaire du luxe lance un raid sur Carrefour et paie l’action 53 euros. Mais, peu à peu, la valeur du titre commence à baisser. En 2011, pour tenter de retrouver sa mise, Bernard Arnault exige la vente des 800 magasins sous l’enseigne Dia que possède Carrefour, et qui assurent 12 % de son chiffre d’affaires.

Trois ans plus tard, Carrefour rachète pour 650 millions d’euros ces mêmes magasins Dia. Avec à la clé, grâce à une opération complexe d’échanges d’actions, une superbe plus-value pour Colony et Arnault. Parallèlement, des ventes de biens immobiliers sont décidées par le conseil d’administration, qui permettent d’améliorer encore le résultat net par action.

Selon les calculs du « Monde » (11/2), chaque année, la moitié des bénéfices de Carrefour partait sous forme de dividendes dans les caisses des deux principaux associés. Il ne restait évidemment plus beaucoup d’argent pour les investissements du géant français de la distribution.

Pendant ce temps-là, ses concurrents, les centres Leclerc en tête, lui piquaient des parts de marché. Sans parler d’Amazon ou de Cdiscount, filiale du groupe Casino, qui en ont profité pour prendre de l’avance dans le commerce électronique.

Depuis, Colony a laissé la place à la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette.

L’action Carrefour, qui, il y a onze ans, valait 53 euros, atteint à peine les 16,80 euros aujourd’hui. Le nouveau PDG, Alexandre Bompard, qui vient d’être nommé, a prévu des cessions de magasins à des franchisés et a annoncé le départ de 2 400 salariés.

Mais pas question pour les médias d’insister sur la responsabilité de Bernard Arnault dans cette déconfiture : Carrefour et LVMH figurent parmi les plus importants annonceurs publicitaires de l’Hexagone. Voilà qui justifie quelques trous de mémoire…


Le Canard Enchainé du 04 avril 2018