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 En des temps reculés, le poète sécuritaire chiraquien Charles Pasqua prétendait « terroriser les terroristes ». Dans ce qu’il reste du même parti que le sien, son lointain disciple Laurent Wauquiez entend, quant à lui, se montrer plus radical que les radicalisés.

Piétinant de ses escarpins l’union nationale, qui, jusque-là, semblait, au moins le temps de l’émotion, chaque fois que le pays est ensanglanté par le fanatisme islamiste, tenir lieu d’usage républicain, il a tiré à lui le catafalque, espérant en profiter pour faire oublier son grotesque épisode lyonnais. Avec l’attentat meurtrier de Trèbes, il n’a même pas attendu l’hommage national rendu ce mercredi aux victimes pour aller au café du Commerce.

Wauquiez a solennisé en boucle sa glose simpliste et sentencieuse. Devant un drapeau en berne, il a réclamé le rétablissement de l’état d’urgence, la « mise hors d’état de nuire » par l’internement, sans autre forme de procès, des «nombreux individus de nationalité étrangère proches des islamistes » qui ont été accueillis « avec beaucoup trop de naïveté » et qui, avant de « se retourner contre la France » et de devenir l’« ennemi intérieur», ont, en plus, abusé de notre « généreux système social ». Et en a fait des tonnes contre Macron, qui « ne combat pas le terrorisme, qui saigne notre pays ». Ni fleurs ni couronnes, juste le refrain populo-sécuritaire qui a déjà beaucoup servi à son camp comme, à quelques détails près, à celui de Marine Le Pen avant lui.

La dernière fois, c’était en septembre, lors du vote de la loi anti-terroriste et de la levée de l’état d’urgence. Et les mêmes qui l’avaient déjà entonné le reprennent en chœur aujourd’hui. A l’époque des attentats de Nice, Hollande s’était entendu violemment reprocher le même laxisme par le prédécesseur de Wauquiez, Nicolas Sarkozy. Ce dernier s’est, cette fois, judicieusement contenté d’afficher sa compassion à l’égard des victimes de l’attentat du Super U de Trèbes. C’est plus raisonnable, surtout au moment où la justice le soupçonne de financement de sa campagne de 2007 par le nommé Abdallah Senoussi, ex-chef des services secrets libyens, beau-frère de Kadhafi, accusé et accessoirement condamné à perpétuité pour avoir commandité en 1969 un attentat contre un DC10 d’UTA. Mais évitons les « amalgames «  !

Si Sarkozy se garde d’intervenir dans le débat grossièrement lancé par Wauquiez; l’ex-directeur: de la police nationale Frédéric Péchenard se charge, lui, de dire tout le mal qu’il pense des mesures, « qui n’ont pas beaucoup de sens », réclamées par le patron des Républicains et ses lieutenants. De l’internement administratif des fichés « S » à leur expulsion, c’est-à-dire enfermer des suspects pour prévenir le crime ou expulser des Français, ces injonctions bafouent à la fois le bon sens et le droit.

Mais la droite et l’extrême droite ne sont pas les seules à profiter de la situation pour placer leurs pions. Manuel Valls entre à son tour dans cette surenchère à la fermeté en réclamant une mesure à peine moins simpliste et irréaliste : « interdire le salafisme ».

On ne sait pas si, avec tout cela, les terroristes seront terrorisés, mais, ce qui est certain, c’est que, de leur côté, les politiques qui instrumentalisent les attentats n’ont vraiment peur de rien.


Erik Emptaz – Source : Le Canard Enchainé – Mercredi 28 Mars 2018