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Aucun comptage gouvernemental de manifestants, aucun sondage ne rend réellement compte du haut niveau d’exaspération, de colères souvent rentrées qui parcourt, taraude, bout dans le pays.

Des EHPAD aux universités, des hôpitaux aux retraités, des enseignants aux salariés du commerce, des agents des services publics aux cheminots comme à ceux de groupes de la téléphonie, ou des travailleurs « ubérisés » et précarisés, des millions de salariés du public comme du privé ne supportent plus le sort qui leur est fait pendant que les profits et le service aux actionnaires battent des records.

Après les contre-réformes du droit du travail , les attaques contre les chômeurs, la diète imposée aux collectivités locales voici qu’avec le dépeçage envisagé de la SNCF ou la casse du service public hospitalier, le sentiment croît que c’est tout un monde social qui est en train d’être méthodiquement détruit au détriment de chacune et salariés du commerce, des agents des services chacun, dans sa vie professionnelle comme privée. C’est l’intérêt général humain et environnemental qui est en cause.

Pour atteindre ses scélérats objectifs, le pouvoir et surtout ceux qu’il sert comptent sur l’éparpillement, la division de celles et ceux qui s’épuisent au travail s’acharnant avec de puissants moyens de les détourner des causes et responsables de leurs difficultés. Il tente d’accréditer l’idée que les droits sociaux sont des privilèges alors qu’ils sont facteurs d’efficacité sociale et économique. Les vrais privilégiés ont été délivrés de l’ISF et le capital toujours plus exonéré de ses devoirs envers la collectivité.

Ce sont tous les principes qui présidaient à notre vie sociale, des services publics à l’aménagement du territoire en passant par notre droit d’asile, qui sont bazardés comme de vulgaires entorses au déploiement illimité du profit capitaliste et au maintien de ses structures de domination.

Ceci n’a rien à voir avec le statu-quo. Vouloir pousser la République sociale plus loin, c’est au contraire répondre aux enjeux proprement révolutionnaires qu’appelle l’ébranlement du capitalisme financier et mondialisé.

Ainsi, les questions en débat autour de la SNCF réclament un saut politique qualitatif pour affronter les défis liés à la sécurité, l’environnement, l’irrigation et la vie des territoires. Est aussi en question la coopération avec les autres pays européens en développant notamment le transport du fret par rail. Le traitement de la dette de la SNCF réclame une autre implication des banques jusqu’à la Banque centrale européenne qui brûle chaque jour d’énormes masses monétaires qui pourraient servir à créer du mieux vivre contre la spéculation financière. Le problème de notre entreprise ferroviaire n’est pas le cheminot mais le coût du capital qui étrangle l’entreprise. Le « statut » des cheminots, loin d’être un « privilège », pourrait être un outil de base pour inventer « un statut » garantissant une sécurité dans le travail, la formation, le logement pour toutes et tous.

Il convient tout à la fois de prendre la mesure de l’onde de choc qui se propage au fur et à mur que s’affaisse la civilisation sociale  et le besoin d’aider à développer des actions d’intérêts communs, solidaires, unitaires contre les coups de boutoir du capitalisme agressif qui s’attaque aux besoins humains fondamentaux et aux structures sociales élémentaires : hôpitaux, écoles, réseaux de transports, collectivités locales, sans parler de notre environnement sacrifié et dont on aperçoit désormais chaque semaine le niveau effroyable de dégradation. […]

Mettre en échec les choix macronistes suppose d’ouvrir un nouveau champ pour permettre aux forces sociales de s’emparer des grands enjeux en cause par le débat, l’action et l’élaboration de propositions communes pour le progrès social, écologique et démocratique.

Ce printemps social […] éclot du sentiment général d’humiliation et de déconsidération serait l’occasion pour les milieux populaires, le monde du travail, la France ouvrière, celle des quartiers populaires méprisée et rendue invisible par le chômage de masse et les discriminations, de s’affirmer comme acteurs et solutions à la crise multiforme.

La conflictualité qui s’aiguise entre toutes les chaines de production et de travail, de l’ouvrier au cadre déshumanisé, et les exigences de plus en plus folles du capital, peut conduire à la construction d’un large front de contestation et de propositions.

Le tourbillon qui s’est emparé du secteur de la distribution, malmené par les géants transnationaux du digital et rendant salariés, caissières ou magasiniers, variables d’ajustement d’un secteur en pleine restructuration, témoigne de cette « croisée des chemins ». La manifestation des salariés de Carrefour le 31 mars est une nouvelle étape sur le front de la contestation globale de ce monde à visage hideux.


Patrick le Hyaric – Député Européen GUE – Source