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Si Muriel Pénicaud espérait que sa décision passe inaperçue, c’est raté. Ce 26 mars [2018], de 19 h à 21 h, une centaine de personnes – parmi lesquelles Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélenchon ou encore Jean-Pierre Mercier (de Lutte Ouvrière) – ont fait un maximum de bruit rue de Grenelle, face aux portes closes du ministère du travail, pour protester contre le licenciement de Gaël Quirante, syndicaliste à Sud Poste 92 […]

Par courrier recommandé en date du 20 mars [2018], celui-ci a appris que la ministre avait autorisé son licenciement, réclamé par la direction de La Poste depuis 2010. En cause notamment, sa participation il y a huit ans avec quinze autres collègues (dont Olivier Besancenot) à un mouvement de grève dans les Hauts-de-Seine, qui avait culminé au bout de deux mois avec la séquestration de cadres de l’entreprise pendant deux heures et demi. “Ça faisait soixante jours que la boîte refusait de négocier, on a été poursuivis pour séquestration du service RH. Sur ces seize collègues, trois ont été condamnés à une amende de 1 500 euros avec sursis”, nous explique le syndicaliste de 42 ans, pilier du mouvement social, qui travaille à La Poste depuis 2003.

Depuis, l’inspection du travail a refusé à quatre reprises son licenciement, jugeant que les faits reprochés n’étaient pas assez graves, et qu’il faisait l’objet d’une discrimination syndicale. […]

En 2017, l’histoire se répète comme une farce. La Cour d’appel de Versailles casse les décisions de l’inspection du travail, du ministère et du tribunal administratif. Après une nouvelle enquête, l’inspection du travail refuse encore une fois d’autoriser le licenciement de Gaël Quirante. “Mais ce qui est le plus important : elle précise de façon très détaillée que depuis dix ans j’étais victime de répression syndicale”, ajoute ce fils de militants républicains espagnols. La Poste fait alors recours auprès de Muriel Pénicaud.

“Une supérieure de l’inspection du travail a fait un rapport de la contre-enquête. On l’a obtenu, et non seulement il confirme que les faits ne sont pas suffisamment graves pour justifier un licenciement, mais en plus il précise et amplifie le caractère discriminatoire des attaques dont je fais l’objet depuis les dix dernières années, affirme-t-il. Sur le bureau de la ministre du travail, en réalité, elle avait tous les éléments de la part de son ministère pour refuser le licenciement”.

Pourquoi, alors, aller à l’encontre des recommandations de son ministère ?

Pour les syndicalistes, […] le caractère “politique” de cette décision ne fait pas de mystère. “Elle cherche à faire une jurisprudence, un cas d’école pour démoraliser ceux qui résistent. Et c’est en même temps un message adressé à la classe possédante, pour lui dire que son équipe a les moyens de faire ce que les précédents n’ont pas réussi”, […]


Mathieu Dejean  – le blog des Inrocks – Titre original : « Forte mobilisation autour de Gaël Quirante, syndicaliste dont le licenciement a été validé par Muriel Pénicaud » – Source (Extrait)