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[…] J’ai bien conscience que le populisme est aujourd’hui un « concept valise » et qu’il est difficile parfois de démontrer son caractère opératoire. Pour autant, dans l’attente d’une meilleure théorisation, faut-il ignorer la réalité politique et idéologique dont il est le nom ? Je ne le pense pas.

[…] Il est urgent d’analyser ces formes contemporaines de résurrection du nationalisme, de renaissance des identitarismes ethniques et/ou religieux, de revitalisation de la xénophobie et du racisme. Leurs effets sociaux, culturels et politiques sont dangereux et attentatoires à la démocratie et aux libertés.

C’est à l’extrême droite que ces courants prospèrent mais désormais ils étendent leur influence à des pans entiers des droites que l’on qualifie de « classiques ». On assiste ainsi à une large recomposition politique qui rebat les cartes au sein du camp conservateur […].

Il faut les analyser d’autant plus en Europe où ils parviennent à apparaître pour une part non négligeable de la population comme une alternative aux désastreuses politiques libérales.

[…] Ces populismes prétendent s’exprimer au nom des peuples et de leur « identité » pour mieux les sauver de la « catastrophe annoncée », mais à aucun moment ils ne posent la question de l’abolition des systèmes de domination qui pèsent sur les êtres humains et sur la nature, et règlent la marche du monde : [la financiarisation] globalisé, […] le néocolonialisme, le patriarcat ou encore les formes exacerbées de xénophobie et de rejet de l’autre.

Ils refusent […] d’opposer les classes possédantes aux classes qu’elles exploitent, dominent et aliènent. […] Ces populismes peuvent présenter des figures différentes en fonction des traditions nationales, des situations géopolitiques ou des traits culturels et religieux spécifiques, mais ils possèdent des caractéristiques communes qu’il est important d’analyser pour mieux les combattre. […]

La référence au peuple

[…] Cette « identité » peut fluctuer en matière d’échelle : de la nation à l’Europe, de l’Occident à des visions fondamentalistes de la chrétienté, de l’islam ou de la judaïté. Elle se nourrit de l’histoire coloniale et esclavagiste qui a construit les pseudo-théories de l’inégalité des « races » et/ou des « civilisations ». Elle définit un « nous » contre tous les autres, […]

La déconnexion avec les rapports de classes

Cette vision communautarisée […] brouille les repères sociaux, ne fait plus de différence entre ceux qui possèdent […] les richesses produites et ceux qui subissent […] l’exploitation économique, la domination sociale et l’aliénation culturelle, […]

Le populisme culturel

[…] [Aussi] les populistes s’acharnent à déconnecter la culture de toute exigence artistique et de toute pensée critique et émancipatrice. Ils la réduisent à un dérivatif immédiat, la « télé-réalité » par exemple, fort éloignée du quotidien vécu par les gens. Eux savent ce que veut le peuple, « du pain et des jeux ». L’effet recherché n’est rien moins que l’anesthésie des « classes dangereuses », la fabrication de l’aliénation culturelle, la servitude volontaire et l’acceptation de l’ordre inégalitaire. […]

La mise à l’écart des corps intermédiaires et de la séparation des pouvoirs

[…] « La vision de Chantal Mouffe [la mentore d’Emmanuel Macron] d’un peuple se rassemblant à l’affect autour d’un chef, fût-il charismatique, outre qu’elle est foncièrement antidémocratique, évacue les rapports de classe au profit d’une image unitaire du peuple s’opposant à une élite. »[…]


Alain Hayot –Revue N°4 de Cause Commune. Source